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| Mme Marie-Thérèse Sombo, Ministre de l'ESU |
Une vive inquiétude secoue le secteur de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) en République démocratique du Congo. Au cœur de la controverse, des instructions attribuées à la ministre Marie-Thérèse Sombo, jugées par plusieurs acteurs du secteur comme instaurant un mécanisme de gestion financière opaque et potentiellement contraire aux règles de gestion publique.
Selon des documents consultés, notamment l’Instruction académique n°026 du 28 octobre 2024 ainsi que la n°027 couvrant les années académiques 2024-2025 et 2025-2026, certains établissements publics se voient interdire de percevoir directement leurs quotités auprès des institutions d’enseignement supérieur sous leur tutelle.
Des fonds publics détournés ?
En lieu et place du circuit habituel, les comités de gestion sont instruits de verser ces fonds dans une série de comptes bancaires logés dans plusieurs institutions financières, notamment Equity BCDC, Rawbank, First Bank, Afriland First Bank et Trust Merchant Bank (TMB). Une situation qui suscite de sérieuses interrogations.
Le Parlement sonne l’alerte
Pour plusieurs gestionnaires, cette procédure inhabituelle pourrait les exposer à des conséquences juridiques liées à la gestion des deniers publics. «Cette instruction ressemble à un ordre manifestement illégal», confie sous anonymat un responsable d’établissement, inquiet des implications possibles.
La polémique a désormais franchi le cadre académique pour atteindre l’arène politique. Le député national Mechack Mandefu Muela a adressé une question orale avec débat à la ministre, portant sur deux dossiers jugés particulièrement sensibles. Le premier concerne la gestion des quotités issues des frais académiques ainsi que la réforme des défenses de DEA/DES.
L’élu dénonce un mécanisme de perception qu’il qualifie d’opaque, évoquant des paiements forfaitaires, une traçabilité incertaine et un possible contournement du principe de versement obligatoire au Trésor public. Dans sa démarche de contrôle parlementaire, il exige du ministère un rapport détaillé sur l’ensemble des recettes perçues, les circuits bancaires utilisés, le nombre d’universités concernées, les effectifs d’étudiants et de professeurs, ainsi que le volume de diplômes signés ces dernières années.
Une réforme académique qui inquiète
Le second volet de cette interpellation porte sur la circulaire du 15 janvier 2026 imposant la défense des mémoires de DEA et DES avant le 31 juillet 2026. Pour Mechack Mandefu Muela, cette mesure crée une insécurité juridique pour les promotions 2022-2023 et 2024-2026, tout en risquant de compromettre la qualité scientifique des travaux de recherche.
Des structures publiques écartées de leurs ressources
Parallèlement, plusieurs structures publiques légalement bénéficiaires de ces fonds se retrouvent écartées du circuit de perception. Il s’agit notamment de la DGRAD, du FPEF, des fonds liés à la carte d’étudiant, aux constructions, aux équipements académiques et aux laboratoires. D’après les instructions en vigueur, il est désormais interdit à ces entités de procéder elles-mêmes au recouvrement, sauf autorisation expresse de la ministre.
Risques de dérives financières
Pour de nombreux observateurs, ces changements unilatéraux dans les mécanismes de perception et de redistribution des fonds constituent une rupture préoccupante avec les règles établies. Dans les milieux universitaires, les voix se multiplient pour alerter sur les risques de dérives financières et de gestion opaque. Certains évoquent un système susceptible de fragiliser davantage la gouvernance du secteur.
Face à la montée des critiques et à l’implication du Parlement, les appels à la transparence et à un audit indépendant se multiplient.
Cette affaire, désormais portée sur la place publique, pourrait marquer un tournant décisif dans la gestion du secteur de l’ESU. Alors que la pression politique et académique s’intensifie, la gestion des ressources de l’enseignement supérieur se retrouve plus que jamais sous le regard attentif de l’opinion publique et des institutions de contrôle.
Blaise-Pascal Bonduku
