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PROVINCE DE L'ITURI : 5 ans sans budget ?

(Photo d'illustration)

En cette fin de session parlementaire de septembre réputée essentiellement budgétaire, les médias renseignent sur les projets des budgets de différentes entités tant au niveau national que provincial. L’Assemblée nationale a récemment reçu le projet de loi budgétaire 2026 qui est envoyé en commission. Les provinces ne sont pas en reste.

Quelques exemples des projets des édits budgétaires disponibles :

- Haut-Katanga : 1772 milliards FC (670 millions USD) ;

- Lomami : 407 milliards FC ;

- Haut-Uélé : 656,8 milliards FC ;

- Sud-Kivu : 815 milliards FC ;

- Maniema : 417 milliards FC.

Une province fait exception et ce, depuis l’exercice 2022 : l’Ituri.

C’est à se demander si l’état de siège, le régime d’exception dans lequel est placée cette province depuis mai 2021, l’exonère de cette obligation constitutionnelle. D’autant que le budget est non seulement un des instruments de la modernité de la gestion des affaires publiques, mais constitue un bon indicateur de transparence, de bonne gouvernance tout en étant une précieuse boussole pour la vie d’une communauté/entité.

L’autorité budgétaire étant le Parlement, l’Assemblée Provinciale pour le cas d’une province, le fait pour celle l’Ituri d’avoir été suspendue par les dispositions de l’état de siège exempte-t-il nécessairement la province de l’Ituri de se doter de cet outil de gestion moderne incontournable ?

L’on sait que le budget s’élabore par l’administration. Celle-ci est opérationnelle en Ituri (les différentes divisions provinciales dont celles du Budget et du Plan), tout comme l’exécutif provincial qu’est le gouvernement provincial, quoique sans ministres (mais le cabinet existe bel et bien).

Bien plus, tous les deux volets constitutifs du budget sont d’application en Ituri. Les recettes sont perçues, les dépenses sont exécutées, et pas seulement pour des opérations militaires. L’absence du budget rend ces exercices totalement opaques, et pis, pas du tout règlementés donc comme dans une jungle.

Qui connait le volume des recettes de la régie financière provinciale ? Quelle serait la hauteur de la “performance” dont cette dernière se pavane ? Combien la province encaisse-t-elle en termes de rétrocession ? A combien se chiffrent les interventions des partenaires ?

Coté dépenses, mêmes questionnements, mêmes inquiétudes, même mutisme, même opacité.

En Ituri, la gestion des finances provinciales se révèle être une obscurité totale, au nom de l’état de siège, la gestion militaire. Pourtant, mêmes les FARDC disposent d’un budget. D’ailleurs, le projet de loi budgétaire 2026 réserve la part belle au secteur de la défense, soit 30% !

Rien ne justifie l’absence d’un budget en Ituri. Évidemment, il n’est pas possible de voter un édit budgétaire. Mais les services provinciaux, l’administration et l’exécutif provincial gagneraient à élaborer une espèce de budget annuel (prévision des recettes et des dépenses) en guise d’indicateur pour une gestion plus rationnelle et plus transparente des ressources collectées et mises à la disposition de la province. Il s’agit des ressources du peuple congolais !

Au nom de l’unicité du Trésor public, les budgets des ETD sont intégrés dans ceux des provinces, qui sont à leur tour intégrés dans le budget national. L’Ituri serait-il un trou dans le budget de la RDC ?

Si le secteur des Walendu Tatsi vient de se doter de son budget (379 millions FC), il n’y a pas d’excuse que la province de l’Ituri n’en soit pas capable.

Claude Pay