Cinq ans d’attente, des millions de francs congolais évaporés et un principal suspect en cavale.
Alors que l’axe Komanda-Luna devait renaître grâce aux fonds du FONER, le chantier de la RN4 n’est plus qu’un vaste champ de soupçons.
Entre bitume invisible et coffres vides, le député Isaac Lebisabo brise l'omerta sur ce qui ressemble à une prédation financière organisée,
mettant l'Office des Routes au pied du mur. Récit d’un scandale qui indigne l’Ituri.
L’axe Komanda-Luna, censé être réhabilité grâce à des fonds décaissés dès 2021, reste un calvaire pour les usagers. Alors que l’argent serait volatilisé, les soupçons de détournement se précisent et la fuite d’un haut responsable provincial viendrait confirmer l’ampleur du malaise.
L’affaire secoue les travées de l’Assemblée provinciale de l’Ituri et alimente désormais toutes les conversations à Bunia. Au cœur du dossier, un montant de 437 811 907,2 francs congolais provenant du FONER et destiné à la Route Nationale 4. Cet argent, censé redonner vie à l'axe Komanda-Luna, semble avoir pris une direction bien différente de celle des chantiers routiers.
Le constat dressé par le député provincial Isaac Lebisabo est étonnant. Cinq ans après le déblocage des fonds à la FBN Bank, le terrain ne présente aucune trace de travaux. Pas un seul engin de l’Office des Routes n’a été déployé, pas le moindre mètre de bitume n’a été posé.
Paradoxalement, c’est le gouvernement provincial qui a dû puiser dans ses propres ressources pour effectuer des réparations d’urgence, prouvant ainsi que l’enveloppe initiale avait déjà disparu des radars avant même le premier coup de pioche.
Pendant longtemps, l'insécurité qui ronge la région a servi de paravent commode pour justifier l'immobilisme. Mais l'argument ne convainc plus personne. Pour l'élu provincial, si les groupes armés rendaient le travail impossible, le matériel n'aurait pas pu être acheminé, mais l'argent, lui, aurait dû rester dans les coffres. Or, les comptes sont vides. L’étau se resserre désormais sur la direction provinciale de l’Office des Routes.
Selon plusieurs sources concordantes, le Directeur provincial aurait pris la fuite, un départ précipité qui ressemble fort à une dérobade face à l'imminence des comptes à rendre. Cette évaporation du principal suspect place les instances de contrôle nationales devant leurs responsabilités.
L'Inspection Générale des Finances est désormais appelée à intervenir en urgence. Il ne s'agit plus seulement d'un problème technique de voirie, mais d'une affaire de prédation financière organisée.
La population de l'Ituri, qui subit quotidiennement les conséquences de cet enclavement, attend que la lumière soit faite sur la gestion du FONER et de l'Office des Routes. À suivre.
NE.