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ÉDITORIAL : Félix Tshisekedi tire les oreilles de Gaby Kasongo sur «la mission première» de l'état de siège en Ituri

Le changement du lieutenant‑général Johnny Luboya de la tête de l’Ituri ouvre le débat sur la gestion sécuritaire de cette province. Pendant plus de cinq ans, l’état de siège instauré par le président Félix Tshisekedi n’a pas atteint son objectif premier, celui d’imposer l’autorité de l’État et de ramener une paix durable.

Les routes réhabilitées et les infrastructures modernisées n’ont jamais constitué la finalité de cette mesure exceptionnelle. Le véritable mandat était l’éradication des groupes armés, ce qui devrait s'accompagner du retour des milliers de déplacés dans leurs villages d’origine de manière automatique. 

La réalité du terrain a fini par rattraper le gouverneur sortant. Les groupes armés se sont renforcés, de nouvelles milices sont apparues et des villages entiers sont tombés sous leur contrôle malgré la militarisation de la gouvernance provinciale.

Le président de la République, mieux informé, savait depuis le début que les résultats sécuritaires vantés par l’administration militaire conduite par le lieutenant‑général Johnny Luboya ne reflétaient pas la réalité de la situation sur le terrain.

Mais parfois, le malheur est bon, dit‑on. L’épidémie d’Ebola, déclarée en mai dernier, a révélé au grand jour ces failles sécuritaires longtemps occultées. L’impossibilité de déployer une riposte efficace dans plusieurs zones a mis en lumière l’échec de la stratégie de Johnny Luboya et précipité son remplacement au moment où personne, même pas lui, ne s’y attendait.

Le président Tshisekedi a décidé de nommer le général‑major Gaby Kasongo Mulumba comme nouveau gouverneur militaire. Au‑delà de tout, c’est la mission qui lui a été re-confiée par le président de la République qui traduit l’insatisfaction de Félix Tshisekedi face à la gestion du gouverneur sortant.

Lors d’une audience à la Cité de l’Union africaine ce lundi, le chef de l’État a clairement insisté et demandé à son nouveau gouverneur militaire de l’Ituri de «rétablir la paix de manière durable, restaurer l’ordre et la sécurité publics et favoriser le retour des déplacés dans leurs milieux d’origine».

Cette feuille de route ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Félix Tshisekedi exige des résultats concrets et rapides, car la population de l’Ituri a beaucoup souffert, à en croire des mieux renseignées à la présidence de la République. Il faut reconnaître que le défi est immense. La province de l’Ituri reste fragmentée par des logiques communautaires et minée par des intérêts économiques liés aux groupes armés.

La confiance de la population envers l’autorité militaire est érodée par des années de promesses non tenues, d’autant plus que le gouverneur sortant avait promis de travailler sans «état d’âme» pour imposer l’autorité de l’État et la paix lors de son entrée en fonction.

De toute évidence, le lieutenant‑général Johnny Luboya est devenu avec le temps plus politique que militaire, ce qui l’a empêché d’accueillir les diverses critiques des ressortissants de la région, pourtant mieux informés des dynamiques sécuritaires de leur province.

Cinq ans après, la situation sécuritaire en Ituri n’a pas évolué. Plus de soixante sites de déplacés, une crise économique aggravée par l’insécurité et aujourd’hui une population exposée à Ebola. Le nouveau gouverneur devra démontrer qu’il n’est pas seulement un gestionnaire de crise mais un acteur capable de transformer la dynamique sécuritaire. Sa capacité à coordonner les forces armées, à dialoguer avec les communautés locales et à garantir la neutralité de l’État sera déterminante.

Plus rien ne trompe. Le président de la République ne supporte pas que l’Ituri demeure un foyer permanent d’instabilité. Pour lui, l’autorité de l’État doit s’imposer, la paix doit s’installer durablement et le retour des déplacés doit devenir une réalité. Le mandat confié au général‑major Kasongo Mulumba est lourd de responsabilités. Mais pour les Ituriens, qui l’attendent les bras ouverts, cette mission re‑confiée au nouveau gouverneur militaire est aussi porteuse d’espoir.

NE.