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ITURI : Johnny Luboya s'en va, mais sans inverser la dynamique des groupes armés

Le lieutenant-général Johnny Luboya quitte l'Ituri après cinq années à la tête de l'administration militaire. Son départ marque la fin d'un cycle qui devait restaurer la paix dans une province meurtrie par les violences armées. Pourtant, au moment où il passe le relais, la question qui s'impose est moins celle de son bilan administratif que celle de son bilan sécuritaire. Et sur ce terrain, le constat est sévère.

Lorsque le président de la République décrète l'état de siège en mai 2021, l'objectif n'est pas de construire quelques infrastructures, de réhabiliter des bâtiments publics ou d'organiser des cérémonies officielles. La mission est avant tout sécuritaire, celle de neutraliser les groupes armés, restaurer l'autorité de l'État et permettre aux populations de vivre sans la peur permanente des attaques.

Cinq ans plus tard, force est de constater que cette mission principale n'a pas été accomplie. Le premier indicateur de cet échec est visible partout en Ituri : les groupes armés sont toujours là.

La CODECO, dont les exactions figuraient parmi les principales raisons ayant conduit à l'instauration de l'état de siège, continue d'opérer dans le territoire de Djugu. D'autres groupes armés demeurent actifs, notamment la CRP de Thomas Lubanga, nouvellement créé, imposant parfois leur loi dans certaines zones rurales où l'autorité de l'État reste fragile.

Aucun mouvement armé n'a été définitivement neutralisé. Aucun désarmement massif n'a permis de changer durablement le rapport de force sur le terrain. Malgré les opérations militaires menées durant ces cinq années, l'insécurité continue de rythmer la vie quotidienne de nombreuses communautés dans différents territoires de l'Ituri, comme à Mambasa, Djugu et Irumu.

Le deuxième indicateur est humanitaire 

Des dizaines de sites de déplacés continuent d'exister à travers la province. Des milliers de familles vivent encore loin de leurs villages d'origine, incapables de rentrer chez elles faute de garanties sécuritaires suffisantes.

Or, le retour des populations déplacées devait constituer l'une des conséquences naturelles du rétablissement de la paix. Cinq ans après, ces camps demeurent le symbole le plus visible de l'échec de la normalisation sécuritaire.

Le troisième indicateur est politique

L'état de siège était censé créer une dynamique exceptionnelle permettant de mobiliser toutes les forces de la province autour d'un objectif commun. Pourtant, les relations entre l'administration militaire et plusieurs acteurs politiques locaux se sont souvent caractérisées par la méfiance et la confrontation.

Les tensions répétées avec des députés provinciaux, les critiques de la société civile et les accusations d'intimidation formulées par certains acteurs locaux ont contribué à fragiliser davantage un climat déjà tendu. Au lieu d'unir les énergies autour de la paix, l'état de siège sous le gouverneur Johnny Luboya a parfois donné l'impression d'accentuer les fractures sociales et institutionnelles.

Les défenseurs de Johnny Luboya rappelleront que les défis sécuritaires de l'Ituri sont anciens, complexes et enracinés dans des décennies de conflits. Ils souligneront également certaines réalisations visibles sur le plan administratif ou infrastructurel.

Mais ces arguments peinent à convaincre une population qui juge avant tout les résultats à travers sa sécurité quotidienne. Car l'histoire retiendra une réalité difficile à contourner, que Johnny Luboya n'avait pas été envoyé en Ituri pour construire son bilan sur les infrastructures. Il avait été envoyé pour ramener la paix. Et c'est précisément sur ce terrain que son action est aujourd'hui la plus contestée.

Son remplacement apparaît d'ailleurs comme une reconnaissance implicite des limites de la stratégie conduite jusqu'à présent. Dans tout système politique, lorsqu'une mission prioritaire n'est pas atteinte malgré plusieurs années d'exercice, le changement de responsable devient souvent un aveu silencieux que les résultats attendus n'ont pas été obtenus.

L'arrivée du général-major Kasongo Mulumba n'efface pas les efforts accomplis sous l'administration précédente. Mais elle traduit, sans doute, la volonté des autorités de relancer une stratégie qui n'a pas produit les effets espérés.

Le nouveau gouverneur militaire hérite pratiquement des mêmes défis que son prédécesseur en 2021 : groupes armés actifs, populations déplacées, massacres récurrents dans certaines zones et sentiment d'abandon exprimé par une partie de la population.

C'est sans doute le jugement le plus dur que l'histoire pourrait porter sur le passage de Johnny Luboya en Ituri. Après cinq années d'état de siège, le chantier de la sécurité reste largement ouvert.

La paix promise n'est pas venue. Les groupes armés n'ont pas disparu, ils sont toujours là. Les déplacés ne sont pas massivement rentrés chez eux. Dans ces conditions, les quelques réalisations administratives ou infrastructurelles apparaissent comme des succès périphériques face à ce qui constituait la raison même de sa présence à la tête de la province.

Car en définitive, l'état de siège sera jugé non pas à la qualité des bâtiments construits ou des routes réhabilitées, mais à sa capacité à faire taire les armes. Et sur ce point essentiel, le bilan de Johnny Luboya demeure celui d'une promesse inachevée. Place au nouveau gouverneur militaire nommé ce vendredi, le général-major Kasongo Mulumba. 

NE.