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SUSPENSION DES ACTIVITÉS MINIÈRES ILLICITES - MAHAGI : la SOCICO appelle les autorités locales à veiller à l’exécution sans faille de la décision du ministre des Mines, sous peine d’être citée en complicité

La décision du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, de suspendre les activités minières illicites attribuées à des exploitants étrangers dans le territoire de Mahagi en province de l'Ituri, continue de susciter de vives réactions. Dans un communiqué parvenu à NouvelEchoRdc ce samedi 25 avril, la Coordination territoriale de la Société Civile du Congo (SOCICO) salue cette mesure qu’elle réclamait depuis des mois, tout en formulant une série d’exigences pour garantir son effectivité sur le terrain.

Dans un communiqué détaillé, la SOCICO/Mahagi rappelle qu’elle avait alerté dès 2025 sur «les exploitations illicites des minerais en Territoire de Mahagi», dénonçant la présence d’opérateurs étrangers dans la concession de Zani-Kodo, en violation du code minier.

Elle soulève également «l’apparition miraculeuse d’une coopérative fictive» ainsi que des pratiques jugées abusives, notamment la perception illégale de redevances auprès des orpailleurs.

Au fil des mois, la SOCICO affirme avoir documenté plusieurs dérives, parmi lesquelles «la profanation de cinquante tombes» dans une chefferie locale ou encore des tentatives de déplacement forcé de communautés riveraines. Des alertes restées, selon elle, sans réponse jusqu’à la récente descente du ministre des Mines sur le terrain.

Mission décisive terrain

La mission menée par Louis Watum le 20 avril 2026 dans la chefferie des Alur-Djuganda marque, pour la Société Civile du Congo/Mahagi, un vrai tournant. «Cette mission d’une importance capitale (…) constituait une réponse directe aux alertes lancées depuis plusieurs mois», souligne le communiqué, qui va jusqu’à affirmer que «le jour de gloire est arrivé».

Sur place, le ministre aurait constaté «la destruction environnementale, l’utilisation des acides toxiques» et «la pauvreté de la population riveraine», dans une zone pourtant riche en minerais, note la SOCICO.

Selon les témoignages recueillis, l’arrivée de la délégation officielle aurait provoqué la fuite de plusieurs exploitants étrangers, tandis que certaines autorités locales peinaient à justifier leur présence. La SOCICO évoque «des incohérences dans les réponses fournies» et salue le fait que le ministre des Mines ait «déniché ce réseau de contrebande minière».

Application sans faille

Si la SOCICO/Mahagi applaudit la décision de suspension et les instructions relatives à l’arrestation des contrevenants, l’organisation insiste sur la nécessité d’aller plus loin.

Elle appelle à «l’arrestation de tous ces sujets étrangers fugitifs» et à la confiscation des équipements observés sur les sites, tout en demandant l’extension des opérations de contrôle à d’autres zones affectées du territoire.

Mais au-delà du constat, la SOCICO met en avant une série de recommandations précises. Elle exige que «la régulation soit faite dans le strict respect du code minier», insistant sur l’application des dispositions légales relatives aux obligations sociales, environnementales et financières des exploitants. La Société Civile du Congo réclame également «le respect inconditionnel de la décision» ministérielle, sans dérogation ni complaisance.

Autorité sous pression

La SOCICO demande en outre le retour du ministre des Mines à Mahagi afin de «continuer le ratissage dans les autres sites d’exploitation», notamment dans plusieurs chefferies encore concernées par ces activités.

Elle interpelle directement l’administrateur militaire du territoire de Mahagi, estimant qu’il doit «veiller à l’exécution sans faille» des mesures prises, au risque d’être «cité en complicité» en cas de manquement.

Dans un contexte sécuritaire encore fragile dans la province de Ituri, la SOCICO appelle également l’État à surveiller de près «toutes filles et tous fils du territoire» susceptibles de saboter la décision pour des intérêts privés, tout en mettant en garde contre les «ambitions politiques au détriment du développement communautaire», qu’elle qualifie de dérives inacceptables.

Menaces et tensions

Autre point de vigilance, la sécurité de ses propres membres. La SOCICO/Mahagi  affirme être la cible de «multiples menaces verbales et téléphoniques» en raison de ses prises de position.

Ici, la Société Civile du Congo demande aux services compétents d’assurer leur protection et appelle à des opérations de contrôle, notamment dans certains lieux d’hébergement où pourraient se cacher des exploitants étrangers en fuite.

Richesses sous contrôle

Du reste, la SOCICO insiste sur la nécessité de replacer les communautés locales au cœur de la gouvernance minière. Elle rappelle que «l’article 285 du code minier est la lumière du développement», notamment en ce qui concerne les cahiers des charges, les redevances et la protection de l’environnement, considérés comme des préalables indispensables à toute activité d’investissement, lit-on dans le même communiqué. 

En filigrane, le message est clair. «Les mines du Territoire de Mahagi ne sont pas à vendre», martèle la SOCICO/Mahagi, qui appelle à une exploitation des ressources naturelles tournée vers le développement local et national, et non vers des réseaux illicites ou des intérêts particuliers.

Germain Aboki