NYAKUNDE : les images des miliciens CODECO, bien sapés en tenues militaires, relancent les questions sur les soutiens aux groupes armés en Ituri

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NYAKUNDE : les images des miliciens CODECO, bien sapés en tenues militaires, relancent les questions sur les soutiens aux groupes armés en Ituri

L'escorte de Bassa Zupka, chef de la milice CODECO lors de son arrivée à Nyakunde le samedi 25 juillet 2026 aux obsèques de Hérode 

Les images se sont propagées à grande vitesse sur les réseaux sociaux depuis le samedi 25 juillet 2026 en province de l'Ituri. Elles montrent plusieurs dizaines de miliciens CODECO, conduits par leur chef Bassa Zupka, présents à Nyakunde, à une quarantaine de kilomètres au sud de Bunia, à l'occasion des funérailles de Hérode, un autre chef milice de la FPIC tué lors des récents incidents survenus dans cette localité.

Au-delà de la démonstration de force qu'offrent ces images, un détail retient particulièrement l'attention. Plusieurs combattants CODECO apparaissent vêtus de tenues militaires qui, selon de nombreux observateurs sur les réseaux sociaux, certaines ressemblent à d'anciens uniformes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), certains paraissant en excellent état.

À ce stade, leur authenticité et leur provenance ne sont pas encore établies. Cette séquence soulève néanmoins une série de questions auxquelles seules les autorités compétentes pourraient peut-être répondre après vérification.

Si ces uniformes sont effectivement d'origine militaire congolaise, comment ces miliciens se les sont-ils procurés ? Proviennent-ils de détournements, de trafics, de récupérations sur d'anciens stocks ou d'autres circuits clandestins ? Qui aurait intérêt à fournir de tels équipements à un groupe armé actif en Ituri ?

Et si, à l'inverse, les vérifications démontrent qu'il ne s'agit pas d'uniformes des FARDC, une autre interrogation demeure tout aussi préoccupante : quel réseau est aujourd'hui capable d'équiper ces combattants avec des tenues militaires aussi similaires et dans un état aussi satisfaisant ?

Ces interrogations dépassent la seule question vestimentaire. Elles renvoient à une problématique beaucoup plus large, celle des réseaux d'approvisionnement des groupes armés opérant en Ituri. Car un mouvement armé ne maintient pas durablement sa capacité opérationnelle sans bénéficier, directement ou indirectement, de circuits lui permettant d'obtenir équipements, munitions, ravitaillement et parfois renseignements. Identifier ces filières constituerait un enjeu essentiel pour toute stratégie durable de stabilisation de la province.

Le contexte rend ces images d'autant plus sensibles qu'en Ituri, contrairement aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aucun groupe armé local ne bénéficie officiellement du statut de «Wazalendo». Des autorités provinciales avaient évoqué l'éventualité d'intégrer certains groupes locaux dans cette dynamique, mais jusqu'à présent, aucune reconnaissance officielle n'a été accordée aux groupes armés de l'Ituri. Cette distinction est importante, car elle renforce les interrogations sur l'origine des équipements visibles dans les images diffusées ces derniers jours.

Sur le plan sécuritaire, la scène observée à Nyakunde dépasse largement le cadre de simples obsèques. Elle traduit une capacité de mobilisation, une discipline apparente et un niveau d'armement qui témoignent du maintien d'un potentiel militaire significatif par les groupes armés. Le rassemblement d'hommes armés en nombre, dans un contexte où l'autorité de l'État demeure impuissant dans certains endroits, constitue un signal préoccupant pour la stabilité de l'Ituri.

Ces images rappellent surtout une réalité souvent occultée. Malgré plusieurs années d'état de siège, les principaux groupes armés locaux continuent d'exister, de se restructurer et de conserver des capacités de nuisance importantes. Aucun des mouvements majeurs n'a été totalement neutralisé. Les périodes d'accalmie observées ces dernières années donnent parfois l'impression d'un retour progressif à la normale. Pourtant, elles apparaissent souvent comme des parenthèses temporaires, interrompues par de nouvelles flambées de violence lorsque les groupes armés se réorganisent ou renforcent leurs positions.

La CODECO n'est pas un cas isolé. La FPIC, malgré les déclarations répétées en faveur du processus de paix, semble encore disposer d'armes, comme le laissent penser plusieurs images diffusées après la mort de son chef Hérode. De leur côté, les groupes armés Zaïre et la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) demeurent également des acteurs militaires présents dans le paysage sécuritaire de l'Ituri. Tant que ces organisations conserveront leurs arsenaux et leurs structures de commandement, le risque d'une reprise des affrontements restera élevé.

Cette réalité interroge également l'efficacité des mécanismes de désarmement mis en œuvre jusqu'à présent. Le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation a permis la remise de certaines armes. Toutefois, au regard des équipements qui continuent d'apparaître entre les mains des différents groupes armés, il est permis de s'interroger sur l'ampleur réelle des arsenaux encore dissimulés. Le nombre d'armes récupérées semble demeurer limité comparativement à celles qui circuleraient toujours dans les réseaux des milices.

Au-delà des opérations militaires, cette situation souligne les limites d'une approche exclusivement sécuritaire. La neutralisation des groupes armés demeure un objectif important, mais elle ne saurait suffire sans une stratégie globale visant à couper les circuits d'approvisionnement, renforcer durablement l'autorité de l'État, restaurer la confiance des populations et créer des perspectives économiques dans les zones affectées par les conflits.

Les images de Nyakunde ne constituent donc pas seulement un épisode médiatique viral. Elles révèlent les fragilités persistantes du processus de stabilisation en Ituri. Elles rappellent que derrière chaque démonstration de force se posent des questions essentielles sur les soutiens, les réseaux logistiques et les capacités de résilience des groupes armés.

Il appartiendrait aujourd'hui aux autorités congolaises nommées en Ituri de faire toute la lumière sur l'origine des uniformes observés et, plus largement, sur les circuits qui permettent encore à ces mouvements armés de se maintenir.

Car au-delà de la polémique suscitée par ces images, c'est bien la crédibilité de la stratégie de restauration de la paix en Ituri qui se trouve une nouvelle fois mise à l'épreuve. En tout cas, sans réponses claires et sans actions concrètes pour assécher les réseaux de soutien aux groupes armés, le retour d'une paix durable dans cette province continuera de s'éloigner.

NE.