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«CESSEZ-LE-FEU» DE LA CRP EN ITURI : les FARDC veulent des actes et des enquêtes

La Convention pour la Révolution Populaire (CRP) de Thomas Lubanga a annoncé ce jeudi 14 mai un cessez-le-feu. Une décision qui intervient alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) maintiennent une forte pression militaire dans le territoire de Djugu, en Ituri. L’annonce surprend, mais elle ne suffit pas à convaincre.

L’armée congolaise en Ituri dit avoir pris acte du communiqué. Elle rappelle qu’elle a toujours encouragé les groupes armés à privilégier la voie pacifique. Le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole des FARDC en Ituri, insiste sur la constance du gouverneur militaire Johnny Luboya, qui n’a cessé d’appeler les miliciens à déposer les armes. Mais derrière cette ouverture, la prudence semble dominer.

Les FARDC s’interrogent sur les motivations de Thomas Lubanga. Pourquoi ce cessez-le-feu aujourd’hui, alors que la rébellion semblait déjà exsangue ? Et surtout, à qui cette guerre a-t-elle réellement profité ? Ces questions traduiraient le scepticisme d’une armée qui veut croire en la sincérité du geste de la CRP, mais qui attend de voir des actes concrets sur le terrain.

La contradiction est flagrante. À peine vingt-quatre heures avant cette annonce, Thomas Lubanga publiait sur X une diatribe virulente contre les FARDC et leurs alliés, les qualifiant de «milice la plus sanguinaire» en RDC et de «coalition satanico-emblématique». Un ton accusateur qui tranche avec le langage de paix affiché dans le communiqué de ce jeudi.

Dans ce contexte, les FARDC espèrent que Thomas Lubanga suivra l’exemple d’autres anciens chefs miliciens qui ont renoncé à la lutte armée. Elle attend que le chef rebelle prenne la même voie, offrant une chance aux populations de Bule et d’ailleurs de retrouver une vie normale.

L’annonce du cessez-le-feu survient alors que Kinshasa et Kampala affichent un rapprochement inédit. Hébergé en Ouganda, Thomas Lubanga voit sa CRP se déliter, isolée par des accords bilatéraux entre les deux États. L’Ouganda, longtemps accusé de soutenir dans l'ombre les rébellions congolaises, n’a plus intérêt à entretenir ce type d’aventure armée.

Dans ce paysage, la CRP ressemble à une rébellion hors d’âge, privée de relais et condamnée à l’effacement. Pour les FARDC, l’heure est à la vigilance. L’armée en Ituri veut croire que Thomas Lubanga est sincère, mais elle attend des preuves tangibles face aux cicatrices laissées par cette guerre.

Des sites de déplacés saturés, «des civils utilisés comme boucliers humains», des enfants manipulés jusqu’à jeter des pierres sur les cortèges de la MONUSCO, autant de crimes qui, à en croire l’armée, nécessitent des enquêtes indépendantes pour établir les responsabilités.

C’est sur ce terrain-là que Thomas Lubanga sera jugé. Non pas sur ses mots du communiqué, mais sur sa capacité à tourner la page de la violence et aussi à répondre des conséquences de son aventure armée.

La Rédaction