Le communiqué de la CRP annonçant ce jeudi un cessez-le-feu n’a rien d’une stratégie. C’est le dernier souffle d’une rébellion condamnée à disparaître. Les cartes politiques se redistribuent désormais entre Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni, dans un face-à-face où les accords commerciaux et militaires imposent la nouvelle donne entre la RDC et l’Ouganda.
Thomas Lubanga, vieille silhouette des guerres en Ituri, s’accroche encore à son aventure armée. Mais la scène sur terrain a basculé d’un coup, le sifflant hors-jeu. Les accords commerciaux et militaires entre Kinshasa et Kampala redessinent les rapports de force, laissant le chef rebelle médusé, spectateur impuissant d’un jeu qui l'oblige à s'éclipser.
La CRP, née dans l’ombre de Kampala où Thomas Lubanga mène une vie paisible, n’a jamais réussi à s’ancrer en Ituri. Les démissions en rafale de ses cadres, en octobre 2025, ont mis à nu une rébellion fracturée, rongée par les querelles internes et l’«affairisme» dénoncé de son chef.
Le cessez-le-feu annoncé n’a rien d’une ouverture politique. C’est l’aveu d’une impossibilité à poursuivre une guerre sans base populaire ni relais régional, quelques jours seulement après la signature des accords bilatéraux entre Kinshasa et Kampala.
Longtemps accusé de jouer avec les rébellions pour profiter de la déstabilisation dans l’Est de la RDC, Kampala n’a aujourd’hui aucun intérêt à poursuivre ce jeu. Les accords signés avec Kinshasa ouvrent une coopération nouvelle, présentée comme «gagnant-gagnant», dans le commerce, les technologies, le tourisme et la sécurité.
Ce que Yoweri Museveni arrachait autrefois en manipulant des groupes armés, il peut désormais l’obtenir directement par une alliance officielle et rentable. Dans ce décor, soutenir Thomas Lubanga ou sa Convention pour la Révolution Populaire (CRP) serait une contradiction stratégique que l'Ouganda n’a aucune raison d’endosser.
Félix Tshisekedi, lui, joue une partie de haute politique. En s’adossant aux États-Unis via l’Accord de Washington, le président congolais a compris qu’il fallait priver les parrains régionaux de toute utilité. Les Américains, désormais intéressés par la stabilité et les ressources dans l’Est, n’ont plus besoin de se cacher derrière des réseaux armés. Ce calcul rend obsolète le soutien aux rébellions comme l’AFC/M23 appuyée par Kigali, et par extension, à la CRP de Thomas Lubanga.
Il faut insister sur le fait que la géopolitique régionale ne laisse plus de place aux illusions. Les accords RDC-Ouganda redessinent la carte des relations entre les deux États et marginalisent le pion rebelle Thomas Lubanga.
Enfermé dans une stratégie dépassée, il se retrouve relégué au rang de relique. Dans cette perspective, sans doute d'ailleurs, le cessez-le-feu de la CRP n’est pas une manœuvre, mais une reddition silencieuse. Thomas Lubanga, à près de 70 ans, n’est plus qu’une ombre figée dans un passé que le rapprochement entre Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni a décidé de dépasser.
NE.
