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ITURI : «La présence de la CRP détruit nos affaires et ça nous fait souffrir pour rien. Nous sommes fatigués de cette situation»... la révolte des déplacés face au mouvement de Thomas Lubanga à Bule

Sous les bâches des sites de déplacés à Bule, dans la chefferie des Bahema Badjere, la fatigue et la colère se lisent sur les visages. Plus d’une année déjà que des familles entières ont fui leurs maisons pour se réfugier ici. La vie s’est arrêtée, les projets se sont effondrés, et la guerre continue de les ronger à petit feu.

Dans ces camps, les déplacés parlent souvent à voix basse, par peur des représailles. Mais un homme a choisi de se présenter ouvertement, au nom de tous. Très révolté, il raconte sans détour ce que vivent les siens. Son témoignage, diffusé à travers un audio devenu viral sur les réseaux sociaux depuis le lundi 4 avril,  alerte l’opinion publique et appelle au soutien pour la paix et pour leur retour dans leurs millieux respectifs.

«Nous étions habitués à chercher nos 100 FC, nos 200 FC pour avoir de quoi manger et envoyer nos enfants à l’école, mais aujourd’hui c’est devenu impossible. Quand on essaie d’en parler face à l’activisme de la CRP, on te tue. Je prends le risque, s’ils veulent me tuer qu’ils me tuent, au lieu de souffrir à ce point. Après ma mort, d’autres viendront un jour me donner raison», déclare-t-il. 

«Nous avions entendu que la Révolution CRP venait nous libérer (...), mais la situation s’est retournée contre nous. Nos enfants ont quitté les bancs de l’école, nos troupeaux ont disparu, les champs sont envahis par la brousse. Le mouvement CRP ne nous a pas aidé. La présence de la CRP détruit nos affaires et ça nous fait souffrir pour rien. Nous sommes fatigués de cette situation», poursuit le même déplacé.  

La dénonciation est glaçante. «Notre frère de la société civile qui parlait en notre nom a été tué, nous l’avons tous vu. Moi aussi, pour avoir dévoilé ces vérités, qu’ils me tuent s’ils veulent. Chez nous il n’y a plus de commerce, j’ai tout perdu. Nos enfants n’étudient plus, nous sommes fatigués avec la CRP», c'est le cri qu'il lance. 

La condamnation est sans appel : «Nous voulons la paix, qu’elle provienne même du diable (...) Nous voulons la paix, que nous retournions chez nous, que nos enfants reprennent le chemin de l’école, que nous recommencions notre vie comme avant».

Sans ambiguïté, ce déplacé du site de Rhoo dénonce une guerre absurde, alimentée par des querelles de postes et de responsabilités. «Aujourd’hui les gens font la guerre parce qu’ils n’ont pas été nommés. Et nous, quel est notre problème dans tout ça ? Nous ne sommes pas des politiciens. Que les politiciens fassent leur politique et que les autorités fassent leur travail. Nous ne voulons plus de la guerre chez nous, ça nous tue, ça nous fait souffrir, ça détruit nos projets», avance-t-il. 

Au nom de la population de Bule, il lance un appel aux notables, aux autorités et aux Hema, sa communauté. «Nous voulons revenir chez nous pour continuer notre vie comme avant. Nous pensions que la CRP allait nous aider, mais elle nous a détruit, elle nous extermine à petit feu. Nous voulons la paix et celui qui nous l’apportera», dit-il dans son message.

Dans le site de Rhoo, ce cri de révolte n’est pas isolé. Il incarne la voix de centaines de déplacés qui, dans l’anonymat, partagent la même détresse. Leur message, désormais viral, met en lumière la fracture entre les ambitions politiques et la réalité des populations, prisonnières d’une guerre qui les prive de tout.

NE.