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«LES ITURIENS SONT FACILEMENT MANIPULABLES» : Thomas Lubanga peut rappeler ses propres velléités d'alliance avec la même CODECO ?

M. Thomas Lubanga 
L’affirmation selon laquelle les Ituriens «sont» facilement manipulables sonne comme une provocation mais elle mérite que l’on s’y arrête un instant. À entendre certains individus, n’importe quel aventurier politique pourrait entraîner cette population dans un projet meurtrier contre sa propre province.
Si la question reste ouverte, elle jette une lumière crue sur le double jeu de Thomas Lubanga à la tête de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP). Depuis plus d’un an, ce mouvement armé lancé à partir de l’Ouganda déstabilise le territoire de Djugu et installe un climat d’insécurité chronique qui interroge sur les intentions réelles de son promoteur.
Le leader de la CRP semble aujourd'hui avoir oublié ses propres velléités d'alliance avec la CODECO. Il y a peu, Thomas Lubanga cherchait pourtant à conclure un pacte avec cette milice ce qui l’aurait de fait contraint à un silence complice face aux crimes de sang commis par le groupe armé.
Aujourd’hui, le discours a changé de camp et l’ancien pensionnaire de la CPI revient sur le devant de la scène avec une virulence nouvelle comme s’il découvrait soudainement la nature profonde de la milice CODECO. 
L'opinion iturienne est en droit de se demander si Thomas Lubanga a réellement attendu cette année pour se rendre compte que la CODECO était une milice criminelle. Ce revirement spectaculaire intervient opportunément après le refus de Bassa Zukpa, le leader de la CODECO, de répondre favorablement aux sirènes de la CRP.
Cette amnésie sélective suggère que l’indignation du chef rebelle est indexée sur ses échecs d'alliance plutôt que sur une réelle volonté de justice pour les victimes de Djugu.
Le voilà désormais qui s'érige en procureur pour dénoncer une prétendue coopération entre l’administration militaire de l’Ituri et les miliciens. Pourtant, on peine à voir en quoi cette relation qu’il fustige aujourd’hui diffère de l’alliance qu’il cherchait lui-même à sceller avec la CODECO avant d'essuyer un revers.
L'Ituri et les Ituriens se retrouvent ainsi pris en otage dans une manipulation sans précédent où les ambitions personnelles se jouent du sang des innocents. Celui qui prétendait que les habitants de cette province étaient facilement influençables n’avait peut-être pas totalement tort si l’on observe la facilité avec laquelle certains leaders tentent de réécrire l’histoire à leur avantage. Le danger n'est pas tant dans la crédulité des populations que dans l'habilité de ces stratèges à transformer une tragédie humaine en un levier de pouvoir personnel.
Le cas Lubanga illustre cette vieille recette politique où l’on crée le chaos pour mieux se présenter comme l’unique solution. En jouant sur les deux tableaux, entre rébellion armée et dénonciation morale, il entretient un flou artistique qui ne profite qu'à la déstabilisation de la région. Si la province de l'Ituri veut briser ses chaînes, elle devra sans doute commencer par se méfier de ces discours qui changent de couleur dès que les intérêts de leurs auteurs sont contrariés.
NE.