Élu pour représenter la ville de Bunia à l’Assemblée nationale, l’honorable Kakule Kalyomo fait aujourd’hui face à une question de plus en plus embarrassante dans sa circonscription. À quoi sert son mandat parlementaire ?
Selon les données publiées par Talatala.cd, le député national n’a enregistré jusqu’à présent aucune proposition de loi, aucun moyen de contrôle parlementaire ou d’information et aucune intervention en plénière depuis le début de la législature. Un bilan qui tranche avec les attentes d’une province confrontée à des défis sécuritaires, économiques et humanitaires parmi les plus importants du pays.
Pour de nombreux habitants de Bunia, cette absence d'activité visible au Parlement est difficile à comprendre. Alors que l’Ituri continue de faire face aux violences armées, aux déplacements de populations et à un déficit chronique d’infrastructures, beaucoup peinent à identifier les combats que leur élu mène à Kinshasa au nom de ses électeurs.
La question revient avec insistance lors des vacances parlementaires. Lorsque Kakule Kalyomo rentre à Bunia pour rendre compte de son mandat, que présente-t-il exactement à la population comme résultat de son travail législatif ? Quels textes a-t-il défendus ? Quels problèmes de l’Ituri a-t-il portés devant la représentation nationale ? Quelles interpellations a-t-il adressées au gouvernement concernant la situation de sa province ?
Pour plusieurs, le problème ne réside pas dans une absence de visibilité médiatique mais dans une absence de résultats parlementaires identifiables. Des observateurs locaux estiment qu'un député national est d'abord élu pour légiférer, contrôler l'action gouvernementale et défendre les intérêts de sa circonscription au sein des institutions nationales.
Certains reprochent à l'élu de mettre davantage en avant ses petites actions sociales de proximité que son activité parlementaire. Or, soulignent-ils, la distribution d'aides, les dons ou les initiatives communautaires ne constituent pas le cœur du mandat pour lequel il a été envoyé à l'Assemblée nationale. Ces actions peuvent être réalisées par n'importe quel acteur politique, économique ou associatif, sans disposer d'un siège au Parlement.
«Les actions sociales, il peut les faire même sans être député», résume un acteur de la société civile de Bunia. «Ce que la population attend de lui, c'est qu'il défende la province de l'Ituri là où elle l'a envoyé, c'est-à-dire au Parlement», poursuit-il.
Au sein d'une jeunesse iturienne de plus en plus exigeante envers ses dirigeants, le ton se durcit. Plusieurs voix dénoncent ce qu'elles considèrent comme une sous-représentation de la province au niveau national. Pour ces critiques, un siège parlementaire qui ne produit ni initiatives législatives ni interventions visibles revient à priver l'Ituri d'une voix dont elle a pourtant besoin dans les débats nationaux.
Cette perception est renforcée par le fait que Kakule Kalyomo a voté pour la quarante-septième fois consécutive la prorogation de l'état de siège au Nord-Kivu et en Ituri. Il se serait également montré favorable à une révision ou changement de la Constitution. Des prises de position qui contrastent, selon des électeurs de Bunia, avec son faible niveau d'implication dans les autres dimensions du travail parlementaire.
Au-delà du cas personnel de Kakule Kalyomo, l'affaire révèle une évolution plus profonde de la culture politique en Ituri. Une partie croissante de l'opinion publique ne se contente plus de la présence symbolique d'un élu ou de quelques actions ponctuelles sur le terrain. Elle réclame désormais des preuves tangibles du travail accompli au Parlement et une défense active des intérêts de la province.
Pour nombre d'électeurs de Bunia, la question est devenue simple. Si un député national, comme Kakule Kalyomo, ne porte pas la voix de sa circonscription à Kinshasa, alors pourquoi occuper un siège que d'autres pourraient utiliser pour défendre les préoccupations de l'Ituri au plus haut niveau de l'État ?
NE.
