MÉCANISME DE DIALOGUE PERMANENT EN ITURI : de la CPI au MDP, le défi de la dernière chance !

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MÉCANISME DE DIALOGUE PERMANENT EN ITURI : de la CPI au MDP, le défi de la dernière chance !

M. Max Nissan, Représentant du Président de la République chargé de la médiation et de la résolution des conflits en Ituri

L'Ituri veut encore croire à la paix. Le lancement du Mécanisme de dialogue permanent (MDP), amorcé en 2024 et désormais en phase d'installation, suscite un nouvel espoir dans une province qui vit au rythme des violences depuis près de trois décennies. L'ambition est claire. Prévenir les conflits, rapprocher les communautés et bâtir une paix durable.

Mais en Ituri, les promesses de paix ne manquent pas. Ce qui manque, ce sont les résultats. Le véritable défi du MDP ne sera pas d'organiser des réunions ou de produire des recommandations. Il sera de convaincre des communautés profondément divisées que ce processus est différent de tous ceux qui l'ont précédé.

Une longue série

L'Ituri a multiplié les mécanismes de dialogue, les cadres de concertation et les initiatives de réconciliation. Pourtant, malgré ces efforts, les violences ont continué de se transformer sans jamais disparaître.

Après les conflits des années 1999 - 2003, la résurgence de la milice CODECO en 2017 a rappelé que les causes profondes de la crise étaient restées intactes. Puis est venu l'état de siège, instauré avec l'objectif d'imposer  l'autorité de l'État et de neutraliser les groupes armés.

Plus de cinq ans après, plusieurs mouvements armés demeurent actifs et de nouveaux groupes armés, notamment la CRP de Thomas Lubanga, sont apparus. Dans ce contexte, le MDP arrive face à une population qui a déjà entendu de nombreuses promesses de paix.

Le vrai défi

Le principal obstacle n'est ni institutionnel ni logistique. Il est humain. Sans sincérité des acteurs politiques, des leaders communautaires, des responsables des groupes armés constitués des ituriens eux-mêmes et des organisations d'influence comme les associations culturelles, aucun mécanisme ne pourra transformer durablement l'Ituri.

Une paix durable suppose également une représentation équilibrée de toutes les composantes de la province, des vingt-et-une communautés, des femmes, des jeunes, des autorités coutumières, des élus et de toutes les sociétés civiles de la région. Il faut souligner ici que l'inclusion est une nécessité. Elle constitue la condition même de la réussite de ce processus.

Les leçons oubliées

Avant d'imaginer de nouvelles solutions, le MDP gagnerait à examiner pourquoi les précédentes ont échoué. Le cas de la Commission de Pacification de l'Ituri (CPI) reste l'exemple le plus révélateur.

Cette structure disposait d'un mandat ambitieux, de ressources importantes et d'une forte implication des autorités nationales et internationales. Pourtant, elle n'a pas réussi à empêcher le retour des violences.

Les problèmes débattus à cette époque demeurent pratiquement les mêmes aujourd'hui. Gouvernance, partage des responsabilités, frustrations communautaires, représentation politique et administration du territoire continuent d'alimenter les tensions. L'histoire semble se répéter.

L'héritage Leku

Au milieu de cette période troublée, l'ancien administrateur Emmanuel Leku (paix à son âme) avait tenté une approche différente. Son système dit «1+4» reposait sur un principe simple. Aucun des cinq territoires de l'Ituri ne devait être exclu de la gestion administrative.

Cette formule visait à réduire les frustrations territoriales en intégrant toutes les sensibilités dans l'administration. Plus encore, Emmanuel Leku avait engagé un dialogue direct avec les principaux groupes armés de l'époque.

Le PUSIC avait accepté de restituer deux zones sous son contrôle à l'administration intérimaire. L'UPC de Thomas Lubanga ainsi que le FNI avaient reconnu à cette administration la compétence exclusive de percevoir les taxes dans les marchés, permettant ainsi le redéploiement progressif de l'État dans plusieurs localités.

Cette stratégie n'avait pas résolu tous les problèmes, mais elle avait démontré qu'un dialogue crédible pouvait produire des résultats concrets lorsque les parties acceptaient de reconnaître l'autorité de l'État.

Les mêmes fractures

Vingt ans plus tard, plusieurs revendications restent étonnamment similaires. Les contestations autour de la gouvernance provinciale, les accusations de marginalisation de certaines communautés et les frustrations exprimées par plusieurs acteurs politiques illustrent la persistance des fractures.

La récente rencontre entre le nouveau gouverneur militaire et des membres de la communauté iturienne vivant à Kinshasa a d'ailleurs suscité des critiques de plusieurs élus nationaux, estimant que le caucus des parlementaires de l'Ituri avait été écarté du processus.

Ces épisodes rappellent que la paix ne dépend pas uniquement de la sécurité militaire. Elle repose aussi sur la confiance politique, l'accomplissement politique et sur le sentiment d'être représenté.

La dernière chance

Le Mécanisme de dialogue permanent (MDP) porte aujourd'hui une responsabilité considérable. Son succès ne sera pas mesuré au nombre de rencontres organisées, mais à sa capacité à corriger les erreurs des initiatives précédentes.

S'il reproduit les mêmes exclusions, les mêmes calculs politiques et les mêmes rivalités communautaires, il risque de rejoindre la longue liste des mécanismes restés sans effet durable.

En revanche, si les Ituriens choisissent de placer l'intérêt collectif au-dessus des appartenances ethniques, intérêts politiques ou territoriales, le MDP pourrait devenir le premier véritable tournant vers une paix durable.

Aujourd'hui, la province de l'Ituri a surtout besoin que, pour une fois, les engagements pris autour de la table soient respectés sur le terrain.

Germain Aboki