ALERTE : si jamais Ebola atteignait les sites de déplacés en Ituri, «il y a un danger que nous puissions enterrer au moins 1 000 personnes par jour» (Ève Bazaiba)

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ALERTE : si jamais Ebola atteignait les sites de déplacés en Ituri, «il y a un danger que nous puissions enterrer au moins 1 000 personnes par jour» (Ève Bazaiba)

La progression de la 17ᵉ épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo ravive les inquiétudes des autorités. Devant le président Félix Tshisekedi, son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, des partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants d'Africa CDC, la ministre d'État en charge des Affaires sociales et Actions humanitaires, Ève Bazaiba Masudi, a lancé un avertissement sur les conséquences qu'aurait une propagation du virus dans les sites de déplacés de l'Ituri.

La déclaration est intervenue jeudi 2 juillet, en marge de la visite de solidarité du président sud-africain à Kinshasa, organisée après l'annonce officielle de la 17ᵉ épidémie d'Ebola qui touche les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri.

Pour la ministre, la situation de l'Ituri concentre aujourd'hui les plus fortes inquiétudes. La province abrite l'épicentre de l'épidémie, mais également une importante population déplacée vivant dans des conditions de grande précarité, susceptibles de favoriser une transmission rapide du virus.

«Pour ne parler spécialement que de la province de l'Ituri, qui constitue aujourd'hui le lieu où se trouve la grande majorité des personnes atteintes de la maladie à virus Ebola, là où se trouve l'épicentre, c'est environ 1 million 150 mille personnes qui se retrouvent dans 69 sites de déplacés internes. C'est une situation très grave, très sérieuse, en sorte que, si jamais, dans ces sites il se trouve des cas d'Ebola, comme nous l'avons actuellement, il y a un danger que nous puissions enterrer au moins 1 000 personnes par jour», a déclaré Ève Bazaiba Masudi.

Au-delà de l'urgence sanitaire, la ministre a rappelé que cette crise s'inscrit dans un contexte humanitaire déjà profondément dégradé par des décennies de conflits armés qui ont provoqué des déplacements massifs de populations et fragilisé les services essentiels.

«Comme vous le savez, cela fait plusieurs décennies, notamment trois décennies, que la RDC est confrontée aux différentes formes de guerres d'agression et à d'autres conflits armés, qui constituent l'un des chocs les plus virulents à l'origine des crises humanitaires. Plus ou moins 15 millions de Congolais ont besoin d'une réponse humanitaire d'urgence», a-t-elle fait remarquer.

Selon les données présentées par la ministre, près de 60 % des besoins humanitaires sont directement liés aux conséquences des conflits armés. Les épidémies et les pandémies représentent environ 25 % de ces besoins, tandis que les effets des changements climatiques en constituent les 15 % restants.

«Malheureusement, le malheur ne venant pas seul, à côté de ces chocs, il y a celui des pandémies qui vient aggraver la situation humanitaire. Du coup, la RDC se trouve dans un cercle vicieux où Ebola vient aggraver la situation humanitaire, tandis que la situation humanitaire accroît les risques de propagation de cette maladie», a fait savoir Ève Bazaiba.

Cette alerte intervient alors que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a classé, le 17 mai, la flambée d'Ebola provoquée par la souche Bundibugyo comme une urgence de santé publique de portée internationale, après l'apparition de cas en Ouganda.

L'organisation estime que l'étendue réelle de l'épidémie pourrait être sous-évaluée. La mobilité des populations, la faiblesse des systèmes de santé, l'insuffisance des infrastructures sanitaires, les difficultés d'accès aux zones touchées par les conflits armés ainsi que l'absence de vaccin et de traitement spécifique contre cette souche du virus compliquent considérablement les opérations de riposte.

Malgré ce contexte préoccupant, les autorités congolaises affirment poursuivre les efforts de lutte contre l'épidémie avec l'appui des partenaires nationaux et internationaux. Elles mettent également en avant l'expérience acquise lors des seize précédentes flambées d'Ebola, toutes maîtrisées au terme d'importantes opérations de riposte.

Nicolas L.