Il est curieux de constater qu'en Ituri, les chefs de milices se tiennent comme des statues de fer. Ils croient que leurs armes les rendent immortels, que leurs hommes les protègent de tout. Bassa Zupka, à la tête de la CODECO, incarne cette illusion. Derrière lui, s’étendent des villages réduits en cendres, des familles dispersées, des innocents massacrés.
Il s'agit des crimes qui ne s’effacent pas. Ils sont comme des pierres jetées dans l’eau, les cercles qu’ils provoquent s’élargissent, traversent le temps, franchissent les frontières, et reviennent toujours vers leurs auteurs.
La mort d’Amos Baraka, Chef de l’autodéfense ZAÏRE, groupe armé rival à la CODECO, dans un accident de circulation en Ouganda hier vendredi, doit interpeller. Elle rappelle que la mort est imprévisible, qu’elle surgit là où on ne l’attend pas, qu’elle frappe parfois au moment le plus inattendu.
Ni la force physique, ni la puissance des armes, ni l’illusion d’être invincible ne protègent contre elle. La mort est comme une ombre qui marche derrière chacun de nous, silencieuse, patiente, mais certaine.
Alors, comment partiras-tu ? Cette question s’adresse à tous les miliciens, et particulièrement à Bassa Zupka. Non pas pour prédire une fin, mais pour rappeler que les massacres, les viols et les déplacements forcés imputés à la CODECO sont des crimes imprescriptibles. La justice des hommes peut tarder, mais la justice de l’histoire et celle de Dieu ne manquent jamais leur rendez-vous.
Cet éditorial se veut une interpellation aux fils de l’Ituri qui ont pris les armes. il rappelle une vérité simple. Personne n'échappe à la mort. La vraie question n’est pas seulement comment partiras-tu, mais que laisseras-tu derrière toi.
Car tout passe, tout s’écoule. Les chefs de milices qui transforment le massacre des innocents en profession devraient méditer sur cette évidence. Tout est vanité, la mort inattendue d’un leader armé n'est pas un hasard, mais un avertissement. Un avertissement pour ceux qui croient que la force suffit à défier l’histoire. Rachetons le temps, construisons la paix.
NE.
