Accusée par l'administration militaire de l'Ituri d'avoir diffusé des informations jugées erronées sur la maladie à virus Ebola et d'avoir porté atteinte à l'image des autorités provinciales, la députée honoraire Angèle Tabo Makusi rejette catégoriquement les griefs retenus contre elle.
Dans une réaction après les déclarations du porte-parole de l'état de siège, le lieutenant Jules Ngongo, elle affirme n'avoir visé ni une personne ni une institution et laisse entendre que ses propos ont été sortis de leur contexte. Angèle Tabo Makusi souligne que sa position ne lui permet pas d'entrer en confrontation avec Jules Ngongo. Elle préfère toutefois apporter ce qu'elle considère comme des clarifications nécessaires.
«Mon audio, tout le monde l'a écouté. Ce sont les juristes qui peuvent mieux dire si j'avais cité le nom du lieutenant Jules Ngongo, du gouvernement provincial ou encore de la gestion de la province», a-t-elle affirmé.
Pour l'ancienne élue nationale, l'accusation selon laquelle elle aurait ciblé les autorités provinciales ne repose sur aucun élément explicite de son intervention.
«Moi, accusatrice de qui ? Je n'ai cité aucun nom, aucune entité, aucune structure, aucune institution», a insisté l'honorable.
Au-delà de la controverse, Angèle Tabo Makusi estime que le débat devrait plutôt porter sur les conditions réelles du retour des populations déplacées dans leurs villages d'origine. «Nous voulons le retour de la population dans son milieu d'origine. Chaque personne devrait souhaiter le retour des déplacés chez eux», soutient-elle.
Ici, elle rappelle avoir soutenu l'instauration de l'état de siège décidée par le président Félix Tshisekedi qui veut le rétablissement durable de l'autorité de l'État dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.
Par ailleurs, l'ancienne parlementaire se présente comme une personnalité qui a toujours assumé des positions sans craindre quand il s'agit de défendre l'intérêt général. Angèle Tabo Makusi rappelle plusieurs épisodes de sa carrière politique pour illustrer ce qu'elle considère comme sa constance dans les combats de principe.
«Je n'ai jamais signé pour la révision constitutionnelle en 2012. Je n'avais pas tremblé à l'époque et je ne tremblerai pas aujourd'hui», affirme-t-elle, revendiquant une trajectoire politique marquée, selon elle, par l'indépendance et la fidélité à ses convictions.
Revenant aux propos de Jules Ngongo évoquant une prétendue «honte» qu'elle devrait éprouver, Angèle Tabo Makusi rejette fermement cette idée et défend son intégrité personnelle.
«Je n'ai pas volé. Je n'ai pas triché. Je n'ai pas de dette morale. Voilà pourquoi je n'ai pas honte et je n'ai pas à avoir honte», a-t-elle déclaré.
Mais c'est surtout sur le fond du dossier qu'elle a développé son argumentaire. Selon la députée honoraire, les réactions suscitées par son message soulèvent une interrogation plus profonde sur la gestion de la question des déplacés en Ituri. Elle affirme n'avoir fait qu'évoquer une éventualité générale concernant l'influence que peut exercer l'argent dans des contextes de grande vulnérabilité sociale, sans jamais désigner qui que ce soit.
Et alors, «qu'est-ce qui t'a énervé, Jules Ngongo ? J'ai bien dit que si quelqu'un arrivait avec des propositions quelconques, chacun connaît le pouvoir de l'argent. Je n'ai cité le nom de personne», a-t-elle fait remarqué.
Pour Angèle Tabo Makusi, la problématique des déplacés ne peut être abordée uniquement sous l'angle sanitaire. Selon elle, la véritable question consiste à comprendre les raisons qui ont poussé des milliers de familles à abandonner leurs villages et à s'assurer que ces causes ont effectivement disparu avant d'encourager leur retour.
Sans ambiguïté dans sa réaction, l'honorable Tabo Makusi a précisé que les populations concernées sont les mieux placées pour expliquer les circonstances de leur déplacement et les conditions nécessaires à leur retour. Elle considère que la priorité pour les autorités devrait être d'écouter ces communautés et d'apporter des réponses durables aux préoccupations sécuritaires qui demeurent dans plusieurs zones de la province.
«Posez-leur la question de savoir ce qu'ils ont fui. C'est cela la démarche intelligente pour des gestionnaires», a-t-elle lancé.
En tout cas, sans aller par le dos de la cuillère, Angèle Tabo Makusi a fait savoir que la question sécuritaire demeure au cœur de la préoccupation en Ituri et considère que le retour des populations ne dépendra pas principalement des campagnes de sensibilisation ou des incitations administratives, mais de la restauration effective de la sécurité.
«Si les problèmes pour lesquels les gens ont fui sont résolus, ils rentreront chez eux», a-t-elle poursuivi.
Elle appelle ainsi les autorités à concentrer davantage leurs efforts sur le désarmement des groupes armés et sur l'imposition de l'autorité de l'État dans les zones affectées par les violences.
«Imposer l'autorité de l'État en Ituri, désarmer les groupes armés et les populations rentreront chez elles sans même qu'une délégation soit envoyée», a conclu l'honorable Angèle Tabo Makusi.
La contre-offensive de l'ancienne députée fait montre de son refus de voir son intervention réduite à une polémique autour d'Ebola. Angèle Tabo Makusi en a profité pour repositionner le débat sur les enjeux sécuritaires, le retour des déplacés et l'efficacité de l'état de siège, tout en défendant son droit à la parole publique sur la situation de l'Ituri sans céder aux intimidations.
Germain Aboki
