Ce dimanche, Kampala devrait accueillir un sommet régional convoqué par le président ougandais Yoweri Museveni. Si l’annonce officielle se fait attendre, des sources diplomatiques confirment la rencontre. Les discussions porteront sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, avec la participation des dirigeants des Grands Lacs et des blocs régionaux (EAC, CIRGL).
Ce sommet intervient dans un contexte marqué par l’avancée du M23, appuyé par le Rwanda, dont les offensives se sont récemment traduites par la prise d’Uvira, après les occupations de Bukavu, Goma et Bunagana.
L’initiative ougandaise peut sembler, de prime abord, s’inscrire dans une démarche de paix. Mais au-delà de cette apparence diplomatique, de nombreuses questions demeurent. Souvent cité dans les rapports du groupe d’experts de l’ONU, l’Ouganda apparaît comme un acteur non neutre dans la crise dans l’est de la RDC.
La capitale, Kampala, a déjà offert un point d’appui à plusieurs mouvements rebelles, notamment la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) de Thomas Lubanga, et abrité à maintes reprises des rencontres de l’AFC/M23.
Les propos récents du président ougandais Yoweri Museveni, affirmant que la province congolaise de l’Ituri appartiendrait historiquement au Bunyoro et donc à l’Ouganda, ont ravivé les soupçons d’ambitions expansionnistes, comparables à celles du Rwanda.
Ces déclarations, pour des analystes avertis, traduisent une vision géopolitique où la souveraineté congolaise apparaît menacée, alors même que «le pépé» Yoweri Museveni se présente officiellement comme un partenaire de confiance du président Félix Tshisekedi.
Tout compte fait, il est illusoire de considérer Kampala comme un artisan de paix, tant son implication dans la crise congolaise est documentée. Depuis le début du conflit avec le M23, l’Ouganda n’a jamais affiché une position favorable à Kinshasa.
Alors que les autorités congolaises refusaient de négocier avec la rébellion, Yoweri Museveni appuyait dans les cercles régionaux un dialogue direct entre Kinshasa-AFC/M23. La prise de Bunagana avec l’appui de l’Ouganda, suivie de l’ouverture de la frontière sous contrôle des rebelles, met en évidence l’implication de Kampala dans la déstabilisation du régime congolais.
On peut également se demander ce que l’Ouganda est en mesure d’offrir, au-delà de Doha et de Washington, qui dépasserait les efforts diplomatiques déjà entrepris dans ces deux villes.
Le déploiement militaire de Kampala dans le Nord-Kivu et en Ituri, officiellement justifié par la lutte contre les ADF, rappelle celui du Rwanda qui invoque la traque des FDLR dans le Kivu. Ces interventions, sous couvert de sécurité régionale, traduisent davantage une volonté commune de Paul Kagame et de Yoweri Museveni de s’implanter durablement en RDC, dans une logique expansionniste.
Quoi qu’en disent ses partisans, Museveni n’a jamais été un garant crédible de l’unité et de la paix sur le continent. Son implication dans la balkanisation du Soudan, avec l’appui des puissances occidentales, en témoigne. Pour ses propres intérêts, il n’hésite pas à fragiliser ses voisins.
Derrière le sommet annoncé à Kampala, il est difficile de voir une réelle volonté de stabiliser l'est de la RDC. Tout porte à croire que l’Ouganda cherche plutôt à s’imposer comme acteur incontournable de la crise mais avec un agenda qui ne sert pas nécessairement les intérêts congolais. En tout cas, Kinshasa doit se méfier de ce vieux loup de la politique régionale.
Germain Aboki
