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| M. Michel Méta Wani, président de l'UNADI |
La sortie médiatique de Michel Meta Wani, président de l’UNADI, qui relaie fidèlement la revendication cachée de la CRP, a de quoi étonner. Elle intervient en pleine crise sécuritaire en Ituri, à Djugu, et dans la région devenue meurtrie de Bule, où la population subit de plein fouet les violences.
En se prononçant pour un dialogue direct entre Kinshasa et la CRP de Thomas Lubanga, l’UNADI semble endosser le rôle de porte-voix d’une exigence que la rébellion lancée depuis Kampala n’a cessé d'exprimer.
La soif de reconnaissance de la CRP est une constante. Déjà, avant Doha, ses relais avaient tenté d’imposer sa présence à la table des négociations. Aujourd’hui, alors que l’Angola s’emploie à ouvrir une nouvelle brèche de dialogue, l’UNADI s’érige en porte-flambeau de cette revendication, surprenant par l’opportunité et la nature de son intervention.
Étrange posture ! Depuis le début des violences opposant les FARDC à la CRP, avec des conséquences tragiques pour les habitants de Bule à Djugu, l’UNADI s’était murée dans le silence. Ni dénonciation des crimes, ni appel à la paix. Et voilà que l’association culturelle se manifeste enfin, mais pour porter la revendication des rebelles et plaider en faveur d’un dialogue.
L’attitude de l’UNADI est visiblement déroutante. Une structure censée défendre la cohésion sociale se retrouve assimilée à une agence de lobbying pour la CRP. Pendant que la société civile et les autorités appellent à la reddition des groupes armés, l’UNADI offre paradoxalement une tribune aux rebelles.
La CRP n’est qu’un des nombreux groupes armés qui ensanglantent l’Ituri. Djugu, Irumu et Mambasa en témoignent chaque jour. Si l’UNADI avait appelé Kinshasa à dialoguer avec l’ensemble des acteurs armés de l'Ituri, son message aurait pu être compris comme une démarche inclusive. Mais sa fixation sur la seule CRP interroge et alimente les soupçons d’un lobbying ciblé et pourquoi pas financé ?
Le choix de l’UNADI de relayer les revendications d’un groupe armé crée un précédent dangereux. Il pourrait inciter d’autres factions à maintenir la violence pour obtenir une reconnaissance politique. Cette logique fragilise les institutions et menace la paix en Ituri.
Germain Aboki
