Ticker

ACTUALITÉS :
Chargement des derniers titres...

Ad Code

ACTUALITÉS
Récupération des articles en cours...

THIERRY LOLE : puisse son sacrifice constituer le déclic pour la pacification de l’Ituri

Quel réveil poisseux le matin de ce 29 décembre 2025, le dernier lundi de l’année ! C’est un coup de tonnerre qui vous accueille à la consultation des réseaux sociaux, celui de l’annonce quasi simultanée de l’hospitalisation dans un état désespéré, suite à de gaves blessures due à une agression à l’arme blanche, à domicile, et de la mort de Thierry Banga Lole.

Thierry Banga Lole, ce jeune homme, la trentaine sauf erreur, connu de tout Bunia et qui connaissait tout le monde, qui ne se départissait presque jamais de son sourire malicieux. Lole, plus familier, ce photographe, cameraman, journaliste-reporter, administrateur d’un forum WhatsApp sans doute le plus populaire de l’Ituri...Lole, “mutu ya batu”, sauvagement agressé jusqu’à en perdre la vie.

Il a été de tous les fronts médiatiques, surtout à l’avènement de la Province de l’Ituri dans le second semestre de 2015. Évènements officiels au niveau des deux institutions provinciales, l’assemblée et le gouvernement ; accueil des officiels et autres visiteurs de marque comme leurs activités, sommets des Caucus des élus, divers autres faits d’actualité de toutes natures, la liste n’est pas exhaustive, rien n’a échappé à l’objectif de la caméra de Lole.

La photothèque et la vidéothèque du Studio Kamarampaka, auquel il a également collaboré, doivent une grande part de leurs fonds, sans doute les plus riches et le plus variés de l’Ituri, à Thierry Lole.

Cet héritage rappelle un certain Photo Shako, signature du photographe du quotidien La Référence Plus, lui aussi en son temps sur tous les fronts à l’orée de la démocratisation du Zaïre-République Démocratique du Congo : Conférence Nationale Souveraine, marche des chrétiens, Sun City, et tutti quanti, jusqu’à atterrir ces jours sous Fatshi à la Présidence de la République. Ses clichés illustrent jusqu’aujourd’hui la plupart des écrits sur ces étapes de l’histoire récente de la RDC. Fin juin-début juillet 2019, il a eu à fouler le sol de l’Ituri, au sein de l’équipe de presse couvrant la première visite présidentielle de Fatshi à cette entité.

Coté tragique, ce qui est arrivé à Lole rappelle Franck Ngyke, journaliste à l’ACP, prestant lui-aussi à La Référence Plus, abattu de balles lui et son épouse, dans sa voiture alors qu’il ouvrait cette nuit du 3 novembre 2005 à 1 heure du matin, le portail d’entrée sa résidence à Mombele. 20 ans après, l’affaire n’a jamais été éclaircie, malgré le tollé et des plaidoyers, dont ceux de Journaliste en danger, JED.

On comprend l’émotion suscitée au sein de l’opinion par le sort tragique de Lole. On comprend davantage le désarroi et la colère de ses confrères, leurs chaudes larmes, de l’hôpital Salama à la morgue Balidja, larmes encore pleins les yeux, leur démarche auprès de l’autorité provinciale, leur décision Ituri sans radio le jeudi 1er janvier 2026 et la non diffusion, durant trois jours, de certaines émissions dont les pages d’informations.

Le meurtre aussi crapuleux d’un ami, un collègue, un complice de tous les temps et de toutes les occasions, inoffensif et à la fleur de l’âge, est inacceptable !

On avait annoncé pourtant, tambour battant, le renforcement de la sécurité pendant cette période de fin d’année. Une annonce qui en rajoutait aux dispositions antérieures, toujours en cours, de patrouilles et contrôles nocturnes sur les artères de la ville de Bunia.

Au-delà de l’émotion, il y a en premier lieu cette quête légitime de justice, qui transparait dans la démarche et les réactions des professionnels de la presse. Il y a en second lieu cette attente de tout l’Ituri : que ce genre de drame n’aient plus lieu, ni à Bunia, ni ailleurs au sein de la province, quelle qu’en soit la nature (tracasserie, vol, viol, assassinat, pillage, confrontation armée, etc.).

Puisse le sacrifice de Lole constituer le déclic pour la pacification de l’Ituri, le «printemps iturien» ! Unique vœu pour la nouvelle année 2026.

Claude PAY