![]() |
| M. Thomas Lubanga |
Thomas Lubanga, ancien chef de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), a été condamné par la Cour pénale internationale pour enrôlement d’enfants soldats. Il a passé quatorze années derrière les barreaux, d’abord à La Haye, où il a été détenu de 2006 à 2015, puis en République démocratique du Congo pour purger le reste de sa peine. Ce long passage en prison devait marquer une rupture et ouvrir la voie à une nouvelle posture, celle d’un homme transformé, prêt à incarner la paix, mais non !
Le fiasco
Réhabilité dans une mission de paix, Thomas Lubanga avait été placé par le président Félix Tshisekedi à la tête d’une Task-force chargée de sensibiliser les groupes armés en Ituri. On attendait de lui qu’il devienne un leader exemplaire, un rassembleur autour des idéaux de réconciliation. Mais cette mission s’est soldée par un fiasco. L'individu et certains membres de son équipe ont été pris en otage par la milice CODECO dans le territoire de Djugu, révélant déjà la fragilité de son rôle et la difficulté de transformer certains anciens seigneurs de guerre de l'Ituri en artisans de paix.
Au lieu de tirer les leçons de cet échec, Thomas Lubanga a choisi une voie encore plus inquiétante. Aujourd’hui, loin de se consacrer à la paix, il a lancé un nouveau mouvement armé, la Convention pour la Révolution Populaire (CRP). L’homme déclare combattre le régime en place, le même régime qui avait voulu faire de lui un ambassadeur de paix dans sa province.
Une guerre inutile
Une guerre longue mais inutile, car Thomas Lubanga n’a ni les moyens ni la puissance, même dans un rêve, de renverser les institutions congolaises. En revanche, il accentue la souffrance des populations civiles, ses propres frères Hema, comme cela se fait déjà sentir dans la chefferie des Bahema Badjere, dans la région de Bule.
Le seul centre commercial des Hema, où les activités socio-économiques semblaient encore tourner, est sur le point d’être réduit à néant par l’activisme des combattants de la CRP, tandis que Thomas Lubanga, lui, se la coule douce dans la capitale ougandaise.
La question se pose donc, qui est le ver et qui est le fruit ? Thomas Lubanga, par ses actes, s’apparente désormais au ver qui s’infiltre, ronge de l’intérieur et empêche la province de se stabiliser.
Les vieux démons
Sa trajectoire armée remonte au début des années 2000, bien avant la création de l’UPC. Il rejoint alors le RCD/KML, porté par une revendication singulière, celle d’une dette impayée de haricots fournis au centre de formation militaire de Rwampara, à quinze kilomètres de Bunia.
Dans ce théâtre, il apparaît pour la première fois sur la scène politique comme sous-secrétaire chargé de la jeunesse dans l’alliance entre le RCD/KML et le MLC de Jean-Pierre Bemba, alliance baptisée Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC).
La dissidence ne tarde pas, Thomas Lubanga choisit le camp du RCD/KML et se voit récompensé par sa nomination comme ministre de la Défense au sein du RCD-ML. Ce mariage politique est de courte durée, car il tente rapidement de réaliser son rêve de régner dans son Ituri natal, déjà miné par la guerre fratricide opposant Hema et Lendu.
De la prison de la CPI à la liberté retrouvée plusieurs années après, son parcours illustre aujourd'hui une vérité amère. Il est difficile, voire impossible, de transformer cet ancien chef de guerre en artisans de paix. Thomas Lubanga, par ses choix successifs, démontre que le ver n’est pas seulement dans le fruit, mais qu’il peut être celui qui l’y introduit et l’y entretient.
Le ver et le fruit
«Le ver est dans le fruit», disait-il. L’expression se retourne aujourd’hui contre Thomas Lubanga, car la crise sécuritaire actuelle démontre qu’il en est lui-même un acteur direct, poursuivant l’œuvre de destruction. Par ses choix, il contribue à prolonger la crise et à accentuer les souffrances des populations. Lui-même est entré dans le fruit !
NE.
