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| Yvonne, son fils et ses six petits-enfants devant leur cabane de paille dans le camp de Tse Lowi, dans la zone de santé de Nizi. © MSF/Solen Mourlon |
L’Ituri, province meurtrie par des années de violences, est aujourd’hui traversée par un débat sur l’état de siège. Certains en contestent l’efficacité, d’autres en soulignent la nécessité. Au cœur de l’actualité iturienne, il y a nécessité de rappeler que face aux ambitions meurtrières et aux manipulations politiciennes, cette mesure demeure effectivement «le moindre mal», soutenu par les esprits mieux éclairés.
Le débat sur l’état de siège en Ituri s’enlise dans une cacophonie où se mêlent ignorance, calculs politiciens et agendas cachés. Certains réclament sa levée comme si l’Ituri pouvait aujourd’hui se passer de cette mesure exceptionnelle.
Il faut noter que cette décision voulue par le Président Félix Tshisekedi pour le Nord-Kivu et l’Ituri traduit une volonté claire de rétablir l’autorité de l’État dans des régions trop longtemps livrées aux seigneurs de guerre.
En Ituri, derrière les appels à la levée de l’état de siège se cachent les mêmes visages de la vieille classe politique iturienne. Habitués à manipuler les communautés, à instrumentaliser les conflits et à exploiter la misère des déplacés, ces personnes, frustrées n’ont plus d’autre stratégie que de souffler sur les braises de la crise sécuritaire, dans l’espoir d’attirer l’attention de Kinshasa et de s’inviter au dialogue national en perspective.
Hier, ces mêmes acteurs accusaient le régime Kabila d’être à l’origine de l’insécurité en Ituri. Aujourd’hui, ils reprennent la même stratégie pour manipuler et dresser la population contre le régime Tshisekedi. Leur méthode pour se refaire une légitimité est bien connue.
Ils exploitent la naïveté de leurs communautés en invoquant une «révolution» fictive, mais leur véritable obsession reste la conquête de postes ministériels. Ces individus vont jusqu’à admirer d’anciennes figures rebelles comme Jean-Pierre Bemba ou Mbusa Nyamwisi, aujourd’hui au service de la République, oubliant que les époques ne sont plus les mêmes.
Certes, l’état de siège n’a pas encore atteint tous ses objectifs. Les milices, de la CODECO à la CRP de Thomas Lubanga, restent actives. Mais il serait irresponsable de nier les progrès enregistrés. Plusieurs zones respirent une paix relative, des routes stratégiques ont été rouvertes et l’espoir d’un retour à l’ordre définitif renaît. Lever cette mesure exceptionnelle aujourd’hui reviendrait à offrir un boulevard aux prédateurs politiques et aux groupes armés qui se rêvent en «libérateurs».
Que dire de plus ? Tout politicien iturien qui milite pour la levée de l’état de siège dans le contexte actuel se rend complice de la déstabilisation ou fait preuve d’une ignorance coupable des enjeux sécuritaires. L’heure n’est pas à l’affaiblissement de cette mesure mais à son renforcement pour neutraliser définitivement les milices et empêcher les aventuriers politiques de transformer l’Ituri en champ de manœuvres meurtrières derrière une soi-disant «révolution».
NE.
