L’ancien pensionnaire de la CPI, qui tentait un retour en force avec la CRP, subit une série de revers militaires et politiques considérables. Entre défections de haut rang et démantèlement de ses caches d’armes, le «seigneur de guerre» semble avoir perdu son pari de déstabilisation.
L’opération des Forces armées de la République démocratique du Congo menée le mardi à Jingo, dans le territoire de Djugu, a des airs de coup de grâce. Pour déterrer l’important arsenal dissimulé par le Zaïre, allié de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) dans un ancien site minier, l’armée loyaliste a dû sortir les grands moyens, utilisant des engins pour exhumer des caisses de munitions enfouies.
Pour Thomas Lubanga, l'ex-chef de l'Union des patriotes congolais pour la Réconciliation et la Paix (UPC/RP) libéré en 2020 après avoir purgé sa peine à La Haye et à Kinshasa, ce nouveau revers vient confirmer l’enlisement de son aventure militaro-politique lancée depuis l’Ouganda en 2025.
L’échec du pacte de déstabilisation
Le plan de Thomas Lubanga avait des allures de démesure. Il rêvait de fédérer les principales milices de l’Ituri sous un commandement unique baptisé «Forces pour la Révolution Populaire (FRP)».
Sept zones de défense devaient quadriller la province, chacune confiée à une organisation armée. La FRPI devait occuper la tête de l’état-major, la CODECO [Milice la plus meurtrière de l’Ituri, accusée d’avoir massacré et enterré vivants des milliers de civils, principalement issus de la communauté Hema dont Thomas Lubanga est membre. C'est notamment ses dérives répétées qui ont poussé le chef de l’État Félix Tshisekedi à décréter l’état de siège en Ituri] assurer la mobilisation politique, le FPIC gérer les opérations, l’UPB la logistique, CHINI YA TUNA l’administration, l’ALPC les renseignements et les Autodéfenses les opérations militaires.
Sur le papier, l’architecture ressemblait à une armée parallèle, capable de rivaliser avec l’État congolais, ce qui réconfortait Thomas Lubanga dans ses aventures meurtrières. Mais ce projet de «coalition des seigneurs de guerre» s’est fracassé sur la réalité du terrain.
À la surprise de Thomas Lubanga, la majorité (au-moins six) de ces groupes ont refusé de se ranger derrière sa bannière. Conséquence directe, la CRP se retrouve isolée, incapable d’occuper durablement la moindre localité d’importance, et acculée dans les contreforts de la chefferie de Bahema Badjere à Bule.
Dissidences
Le ver était déjà dans le fruit. En octobre dernier, la CRP a vacillé suite à la dissidence de plusieurs de ses piliers, dont Charles Kakani, vice-président de la rébellion, et David Unyertho, un autre acteur influent du mouvement rebelle. Déclarant rompre avec les «dérives autoritaires» et le «les pratiques affairistes» de leur (ancien) chef, les deux hommes ont pris le chemin de Kinshasa en novembre 2025.
Si rien n’a filtré officiellement de leurs entretiens avec le vice-Premier ministre de la Défense, leur ralliement de facto aux autorités congolaises a porté un coup fatal au moral des combattants restés en brousse. Depuis cette rupture, l'hémorragie est constante. Entre juillet 2025 et février 2026, l’armée congolaise revendique la capture de près de cinquante rebelles et la récupération de plus de 500 armes.
Une coquille vide
Sur les réseaux sociaux, les relais de la CRP tentent encore de projeter l’image d’une rébellion conquérante. Mais sur les rives du lac Albert et dans les villages de Djugu, la réalité est tout autre. Les redditions s'enchaînent, comme le 5 août dernier où soixante combattants ont déposé les armes.
Affaiblie, privée de ses soutiens initiaux imaginés et harcelée par les FARDC, la rébellion de Thomas Lubanga ressemble désormais à une coquille vide, sans avenir. Les récentes gesticulations du mouvement ne seraient qu’une stratégie de survie visant à obtenir une place au dialogue national en perspective, et une amnistie déguisée, avec le pouvoir central. Pour celui qui fut le premier condamné de la CPI, l’histoire semble tragiquement se répéter, mais cette fois-ci sans les moyens de ses ambitions.
Germain Aboki
