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| M. Luc Malembe |
Il y a des après-midi où le silence de la rue est plus assourdissant que n’importe quelle harangue. Vendredi dernier, à la tribune officielle de Bunia, l’homme qui se voyait déjà en haut de l’affiche, Luc Malembe, a fait l’amère expérience de la pesanteur politique.
Celui qui se présente désormais comme le vice-président du parti politique A2RC espérait sans doute une marée humaine pour porter son nouveau credo. Malheureusement, ce qui devait être un grand raout politique sur la Constitution a fini par ressembler à une modeste réunion des mamans de Hoho, le quartier du tribun.
À peine quelques visages de femmes, attirées, dit-on, par la promesse de billets de transport, pour écouter un homme dont l’inconstance est devenue la marque de fabrique en Ituri. Car Luc Malembe, c’est l’histoire d’un funambule sans fil.
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Mais au-delà du fiasco, c’est le fond qui confine au burlesque. En guise d’argumentaire pour changer la Constitution, Luc Malembe a dégainé la plus mauvaise des cartes, celle du maintien au pouvoir.
Là où l’Union sacrée s’évertue à parler d’adaptation aux réalités sociales du peuple congolais, lui fonce tête baissée dans le mur du dogme autocratique, affirmant sans sourciller qu’il faut changer la Constitution pour permettre au Chef de l’État de conserver son pouvoir. Une faute politique très grave qui offre, sur un plateau d’argent, des munitions à tous les détracteurs du régime.
L’ignorance, hélas, ne s’est pas arrêtée là. Entre deux envolées, l’apprenti communicant a confondu Constitution et loi électorale, s’emmêlant les pinceaux sur le seuil électoral, ne sachant pas que cette question est traitée dans la loi électorale et non dans la Constitution.
Plus cocasse encore, il a plaidé pour que ce changement constitutionnel serve à maintenir en poste le gouverneur militaire Johnny Luboya, ce même Johnny Luboya qu’il accusait hier d’être un proche des milices CODECO.
Une pirouette intellectuelle qui oublie un détail juridique de taille, changer la Constitution implique de faire table rase. Mais avant tout, il faut commencer par lever l’état de siège. Et sans cette mesure exceptionnelle, par quel miracle un militaire resterait-il aux commandes d’une province?
Que dire de plus ? Le vendredi à Bunia, Luc Malembe a raté une occasion en or de se taire. Il a plaidé la Constitution pour régler des détails techniques sur la durée des mandats parlementaires et du Chef de l’État, ne sachant pas que cette question ne pourrait justifier le changement de la Constitution. Une simple modification, si les Congolais le souhaitent, suffirait.
Sa première sortie publique avec l’A2RC restera dans les archives comme un cas d’école de raté de communication politique. À vouloir trop embrasser la cause du pouvoir par pur opportunisme, il a fini par n’étreindre que le vide.
La population de l’Ituri, elle, a montré à Luc Malembe qu’elle n’était plus dupe des manipulateurs d’opinion en mal de reconnaissance et que, surtout, Luc Malembe n’est pas populaire en Ituri, si ce n’est par son imaginaire popularité artificielle.
NE.



