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Éditorial : et Martin pleura !

L'opposant Martin Fayulu lors de la Conférence de presse ce vendredi à Kinshasa 

L’image est saisissante. Un opposant qui, hier encore, appelait au sursaut d’honneur et au dialogue national inclusif, se retrouve aujourd’hui à dénoncer un pouvoir qui l’aurait «roulé». 

Martin Fayulu, le «commandant du peuple», n’a pas caché sa déception lors de sa conférence de presse à Faden House. «Je l’ai rencontré, il m’a roulé», lâche-t-il, en référence à l’audience de juin 2025 avec Félix Tshisekedi.

Ce jour-là, au Palais de la Nation, l’opposant de l’ECiDé avait cru à un changement. Tina Salama, porte-parole du Chef de l’État, parlait d’une rencontre «conviviale» visant à renforcer la cohésion nationale. 

Fayulu lui-même appelait à la formation d’un «Camp de la patrie», persuadé que le dialogue pouvait sauver la République. Mais près d’un an plus tard, l’espoir s’est évaporé. À la place du dialogue, il voit poindre la révision/changement de la Constitution.  
  
L'opposant est visiblement déboussolé. Celui qui avait interpellé Corneille Nangaa, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi pour résoudre la crise sécuritaire accuse désormais le régime de préparer un coup d’État constitutionnel.

Son discours s’est durci, ses mots se sont chargés de rancune. «À partir de 2006, avez-vous déjà vu l’UDPS dans l’opposition? C’est moi qui ai ressuscité l’UDPS», s’emporte-t-il, rappelant ses liens passés avec le sphinx de Limete, Étienne Tshisekedi.  
  
Le ton est celui d’un homme blessé, s’estimant trahi par le pouvoir autant que par l’histoire. Au sens politique, Fayulu Madidi est en deuil, il pleure l'illusion d'un dialogue qu'il imaginait imminent.

Fayulu reçu par Tshisekedi en juin 2025 au Palais de la Nation 

Il pleure une République qu’il décrit comme menacée de balkanisation. Il pleure aussi son propre rôle, celui d’un opposant qui se voit leurré malgré ses appels répétés à l’unité nationale.  
  
Mais derrière les larmes, il y a une provocation. Martin Fayulu se pose en victime d’un pouvoir calculateur, mais aussi en sauveur potentiel. «Je discute tous les jours avec les opposants», affirme-t-il, citant Moïse Katumbi, Delly Sessanga ou Jean-Marc Kabund. Il se veut l’interface d’un dialogue qu’il récuse pourtant sans la médiation de la CENCO-ECC.  

Le paradoxe est là : l'opposant de Faden House pleure, mais il revendique. Il dénonce, mais il s’offre comme recours. Il accuse Tshisekedi de l’avoir trompé, mais il continue de tendre la main aux autres opposants. Comme si ses larmes étaient aussi une arme politique.

NE.