SÉCURITÉ : outre un système de taxation forcée, l'ONU met à nu les réseaux d'approvisionnement militaire de la rébellion de Thomas Lubanga en Ituri

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SÉCURITÉ : outre un système de taxation forcée, l'ONU met à nu les réseaux d'approvisionnement militaire de la rébellion de Thomas Lubanga en Ituri

M. Thomas Lubanga 

Le nouveau rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo dresse une situation sans concession. La Convention pour la Révolution Populaire (CRP), dirigée par Thomas Lubanga, ancien condamné de la Cour pénale internationale, s’est implantée dans le territoire de Djugu, avec son quartier général installé à Bule, au cœur de la chefferie des Bahema-Badjere.

«Jusqu’à la fin d’octobre 2025, la CRP/FRP est restée largement confinée aux rives du lac Albert, près de Nyamamba. Par la suite, elle a établi trois camps principaux sur le territoire de Djugu, son quartier général se trouvant actuellement à Bule, la ville natale de M. Lubanga. La CRP/FRP a eu recours à des réseaux de trafiquants régionaux opérant entre la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud pour se procurer des armes et des munitions. Elle a également confisqué ou détourné des stocks appartenant aux FARDC», explique le rapport.

Les experts évoquent également des livraisons d’équipements militaires par des éléments des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF). «Des témoignages concordants ont fait état de transferts de matériel de guerre à la CRP par des éléments des UPDF. Au début de décembre 2025, des éléments des UPDF ont livré du matériel à la CRP à Kasenyi, à Chomia, à Bule, à Jaiba et à Fataki, alors que les combats entre la CRP et les FARDC reprenaient. Depuis août 2025, la CRP/FRP multiplie les attaques contre les FARDC le long du lac Albert dans le but de prendre le contrôle de zones stratégiques du territoire de Djugu. Les FARDC ont riposté au moyen d'armes lourdes et de frappes aériennes», souligne le rapport.

Derrière ce déploiement militaire, c’est un jeu hypocrite qui se dessine, à en croire les révélations des experts de l'ONU. Thomas Lubanga, qui se présente comme un «libérateur», expose en réalité des milliers de civils à une détresse sécuritaire sans précédent. Selon le même document, les affrontements ont provoqué des déplacements massifs, des attaques contre des civils et une aggravation dramatique de la crise humanitaire en Ituri.

Comme si celà ne suffisait pas, «la CRP a mis en place un système de taxation à la fois volontaire et coercitif afin de mobiliser des ressources à l'appui de ses efforts de guerre», ajoute le rapport.

Le paradoxe est cruel. Condamné par la CPI pour crimes de guerre liés à l’enrôlement d’enfants soldats, libéré en 2020, Thomas Lubanga avait été intégré à la tête d'une Task force voulue par le président Félix Tshisekedi pour promouvoir la paix et sensibiliser les groupes locaux de l'Ituri à déposer les armes. Curieusement, Thomas Lubanga instrumentalise aujourd’hui la souffrance des populations civiles, notamment des déplacés Hema, pour s’attirer la sympathie et manipuler l’opinion. Le rapport des Nations unies laisse entendre, entre ses lignes, que cette stratégie s’appuie sur des complicités avec des réseaux étrangers, renforçant ainsi un jeu politique individuel au détriment de la collectivité.

Le double discours est flagrant. Libérateur en façade, chef de guerre en réalité, Thomas Lubanga déploie une stratégie de survie politique qui expose directement les villages de Bule et des environs. Insécurité permanente, déplacements forcés, taxation arbitraire : les populations paient le prix fort de cette duplicité, révèlent les experts de l'ONU.

La communauté internationale, déjà alertée par l’ONU, constate la répétition d’un cycle de violences qui avait valu à Lubanga sa condamnation par la Cour pénale internationale. Derrière l’argument d’un prétendu «changement» porté par ce vieux chef rebelle de près de septante ans, se cache une logique de prédation où la guerre devient un instrument de pouvoir personnel.

Tout compte fait, la province de l’Ituri est prise en otage par un homme qui se drape dans les habits du libérateur mais qui, en réalité, exploite la détresse des siens pour nourrir ses ambitions. Une lecture qui, à la lumière de l’analyse des experts de l’ONU, révèle la profondeur d’une crise où la manipulation politique se conjugue avec la violence armée.

NE.