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DJUGU : le malheur ?

REHEMA DZ’IBO, membre de la milice Zaïre, arrêté par la police d'investigation criminelle PIC à Bule dans le territoire de Djugu puis acheminé à Bunia ce lundi 17 novembre 2025 via l'aérodrome de Mahagi (Image d'illustration)

Le territoire de Djugu, au nord de l’Ituri, incarne depuis plus de vingt ans l’insécurité qui paralyse la province. Beaucoup d’Ituriens le considèrent comme le foyer du malheur. Certains vont jusqu’à dire que les habitants de Djugu devraient apprendre à vivre dans la paix.  

Djugu reste le point de départ du conflit ethnique entre Hema et Lendu en 1999. Ce conflit, largement médiatisé, a marqué durablement la province. Depuis, les groupes armés tels que CODECO, ZAÏRE et la CRP de Thomas Lubanga y ont établi leurs bastions, renforçant l’image d’un territoire livré à la violence.  

Ce territoire riche en or n’a jamais permis à l’Ituri de se développer. Au contraire, Djugu tirerait l’Ituri vers le bas. Des carrés miniers sont dominés par les groupes armés qui en tirent profit. Dans ce théâtre, qui bénéficie de la complicité de certains notables de la région, politiciens ou autres, l’État est privé de recettes et les populations locales vivent dans la pauvreté, un bon nombre étant installés dans des sites de déplacés à la suite de l’activisme des groupes armés.

Alors que des territoires voisins comme Irumu tentent de s’ouvrir à la réconciliation, Djugu résiste. Les atrocités y sont régulières et certaines zones échappent totalement au contrôle des autorités. Les habitants sont les plus exposés aux massacres et aux déplacements forcés.  

Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur la sécurité dans l’Est de la RDC cite même des élus et des opérateurs économiques de la région. Cette complicité de certains notables montre que Djugu n’est pas seulement victime des groupes armés mais aussi d’une élite qui profite du chaos.  

La population de Djugu apparaît comme la grande sacrifiée. Elle subit les conséquences d’une insécurité qui s’étend à l’ensemble de l’Ituri. L’état de siège décrété pour éradiquer les groupes armés et imposer la paix peine à atteindre sa mission première.

Plus de quatre ans après, aucun groupe armé n’a été neutralisé, ce qui montre que le problème de l’Ituri reste entier, loin des bilans maquillés des autorités militaires qui ont remplacé les civils. La population vit dans la peur et n’entrevoie aucune perspective de stabilité malgré l'état de siège.  

Djugu est aujourd’hui perçu comme le cœur de l’instabilité en Ituri. La province espère un avenir de paix et de prospérité, mais des acteurs locaux de Djugu n’arrivent pas à rompre avec les logiques de profit personnel. Sans une volonté réelle de pacification, l’Ituri restera prisonnière d’un territoire dont les richesses minières se transforment en malédiction.

NE.