Depuis plus de vingt ans, l’Ituri est meurtrie par des massacres de civils qui se répètent sans relâche. Pourtant, l’attention des décideurs nationaux et internationaux demeure braquée sur le Grand Kivu, reléguant les atrocités de l’Ituri au rang de drame secondaire, comme si la souffrance de cette province était devenue une banalité.
Le constat est que les chiffres des victimes dans le Kivu sont régulièrement évoqués, avec plus de dix millions de morts en trois décennies. En revanche, aucune statistique fiable ne documente les pertes humaines en Ituri, où les tueries se poursuivent dans l’indifférence générale. Cette absence de données nourrit l’impression d’un crime oublié, voire volontairement négligé.
Les groupes armés locaux, renforcés par les rebelles ougandais des ADF, sèment la mort dans les territoires d'Irumu, Mambasa, Mahagi et Djugu. L’état de siège, censé ramener la paix, peine à briser ce cycle infernal. La violence persiste et les civils restent les principales victimes d’une tragédie qui s’éternise.
Dans le débat national, la province de l’Ituri n’a jamais été érigée en priorité. Les régimes politiques se succèdent, mais la souffrance des habitants semble banalisée par les décideurs. Plus de 70 sites de déplacés accueillent des familles abandonnées à elles-mêmes, sans véritable assistance humanitaire.
Les fosses communes qui se sont multipliées ces dernières années témoignent de l’ampleur de la catastrophe et de l’urgence d’une réponse sérieuse, mais, curieusement, le monde garde le silence.
Tragiquement, la province de l’Ituri demeure absente des agendas politiques. Ni les officiels congolais, ni les partenaires étrangers n’osent mettre en lumière l’urgence sécuritaire qui y sévit, comme si la souffrance de ses populations était une affaire privée.
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