![]() |
| Lieutenant-Général Johnny Luboya, Gouverneur militaire de l'Ituri |
Plus de quatre ans après son instauration, l’état de siège en Ituri apparaît, à la lecture du dernier Rapport de l’Institut Ebuteli, comme une mesure dont l’efficacité reste largement contestée. Conçu pour briser l’élan des groupes armés et imposer l’autorité de l’État, il n’a pas permis de réduire durablement l’insécurité dans la province.
La milice CODECO, dont les exactions avaient conduit le Chef de l’État Félix Tshisekedi à décréter l’état de siège, demeure active. Plus encore, Ebuteli souligne qu’elle conserve une «constante capacité de nuisance». En octobre 2025, elle a installé un nouveau commandement dans les chefferies de Mokambo et de Djukoth dans le territoire de Mahagi, démontrant sa faculté d’adaptation et de consolidation malgré l'état de siège.
Le Rapport documente la mort d’au moins 23 civils et l’enlèvement de 11 autres personnes dans les territoires de Djugu et Mahagi au cours du mois d’octobre. À Liko, le 9 octobre, une attaque contre les FARDC s’est soldée par l’assassinat de neuf agriculteurs dans leurs champs. Ces chiffres traduisent la persistance d’une violence endémique qui continue de frapper les communautés locales.
L’état de siège, loin d’éradiquer les groupes armés, a vu naître de nouvelles formations. La Convention pour la Révolution Populaire (CRP), initiée par Thomas Lubanga depuis Kampala, illustre cette dynamique inquiétante. La multiplication des acteurs armés fragilise davantage le tissu sécuritaire et met en évidence les limites de l’administration militaire.
Les autorités militaires ont souvent vanté les «progrès» réalisés sous l’état de siège. Pourtant, les données d’Ebuteli révèlent un contraste saisissant entre la rhétorique officielle et la réalité du terrain. Les accalmies ponctuelles n’ont pas débouché sur une stabilisation durable; elles ont plutôt offert à la CODECO l’opportunité de se renforcer.
Les données d’Ebuteli conduit NouvelEchoRdc à une conclusion sans complaisance. Si l’état de siège venait à être levé aujourd’hui, l’Ituri resterait exposée à une insécurité persistante, peut-être plus aiguë qu’auparavant. La mesure, présentée comme une réponse exceptionnelle, n’a toujours pas atteint ses objectifs. Elle interroge désormais sur sa pertinence et sur la nécessité de repenser en profondeur les stratégies de pacification de la province de l'Ituri.
NE.
