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RDC : vers un rétablissement de l’ordre dans le chaos minier en province de l'Ituri

Un site minier en Ituri (Photo d'illustration)

Dans le nord-est de la République démocratique du Congo, l’or reste au cœur des tensions et des convoitises. Mercredi 25 février, la Division provinciale des Mines de l’Ituri, en partenariat avec la Fédération des entreprises du Congo (FEC), a réuni les négociants d’or à Bunia, chef-lieu de la province.

La rencontre, qui se poursuit ce jeudi 26 février, se veut un moment de réflexion sur les mécanismes capables de rétablir l’ordre dans une filière fragilisée par la fraude et les trafics transfrontaliers. Les orpailleurs, les sociétés minières, les coopératives, les négociants et les comptoirs agréés prennent part à ces assises.

Réalités du terrain

Les investigations de NouvelEchoRdc révèlent que l’avenir du secteur aurifère dépasse les enjeux économiques et touche directement à la stabilité sécuritaire de la province de l’Ituri.

Depuis plus d’une décennie, l’exploitation illégale de l’or finance, dans cette partie du pays, des groupes armés, alimente des circuits parallèles et prive l’État congolais de recettes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars chaque année. Selon des rapports internationaux, près de 90% de l’or extrait en Ituri échappe encore au contrôle officiel.

Mise en garde 

Dans son intervention, Kisembo Byakagaba Franck, acheteur principal de l’or de DRC GOLD TRADING et Directeur général du groupe KBF, a dénoncé les pratiques frauduleuses qui rongeant ce secteur et a annoncé des mesures fermes.

«Cette fois-ci, vous êtes prévenus. Nous connaissons les dangers qui se cachent derrière cette affaire. Vous serez arrêtés et vous ne serez pas détenus dans n’importe quelle prison de Bunia, vous serez transférés à Ndolo, car vous contribuez à une activité qui alimente la guerre dans notre pays», a-t-il déclaré devant les négociants.

Kisembo Byakagaba a également insisté sur la nécessité de procéder à des arrestations si la fraude vers les pays voisins se poursuivait. Son indignation s’est exprimée avec force lorsqu’il a évoqué les bénéfices tirés par certains pays voisins de l’or congolais.

«C’est vraiment une honte de voir l’Ouganda, qui ne dispose pas d’or sur son sol, devenir l’un des premiers producteurs au niveau mondial... À partir de maintenant, des arrestations auront lieu. Je vous préviens», a-t-il insisté.

Ituri et Kivu, même situation 

En Ituri, comme dans le Nord-Kivu voisin, l’exploitation illégale des ressources naturelles est régulièrement pointée du doigt par les Nations unies comme l’un des moteurs de la violence.

Les trafics transfrontaliers, notamment vers l’Ouganda, privent Kinshasa de recettes fiscales considérables. Selon certaines estimations, plus de 15 tonnes d’or quittent chaque année la RDC de manière informelle, représentant une valeur de plus d’un milliard de dollars sur le marché international.

La traçabilité pose problème 

Au-delà des frontières congolaises, la question de la traçabilité des minerais reste un enjeu mondial. Les grandes entreprises de joaillerie et de technologie sont régulièrement interpellées sur l’origine de l’or qu’elles utilisent. Les ONG rappellent que l’absence de contrôle sur les chaînes d’approvisionnement contribue à alimenter les conflits locaux.

Les débats autour des minerais dits «responsables» et des certifications internationales prennent ici une dimension concrète. L’or de l’Ituri, lorsqu’il sort clandestinement du pays, se retrouve dans des circuits mondiaux où il est impossible de distinguer le légal de l’illégal.

Germain Aboki