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UN PROCÈS HISTORIQUE À BRUXELLES : à 93 ans, Étienne Davignon sera jugé pour l'assassinat de Patrice Lumumba

M. Emery Patrice Lumumba, ancien Premier ministre et héros de l'indépendance congolaise
C’est un séisme judiciaire et mémoriel. La chambre du conseil de Bruxelles a ordonné, ce mardi, le renvoi de l’homme d’affaires et ancien diplomate Étienne Davignon devant le tribunal correctionnel. Il devra répondre de sa participation présumée à des crimes de guerre lors de l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961.
Soixante-six ans après les faits, la justice belge s’apprête à ouvrir l'un des procès les plus attendus de l'histoire coloniale. Absent lors de l’audience ce mardi, Étienne Davignon, figure centrale de l’establishment belge et ancien commissaire européen, est désormais le dernier témoin et accusé encore en vie dans ce dossier tentaculaire.

Le «jeune diplomate» face à l'Histoire

En 1961, Étienne Davignon n’était qu’un jeune attaché au ministère des Affaires étrangères. Pourtant, l'enquête déclenchée par la plainte des enfants Lumumba en 2011 pointe son rôle dans les derniers jours du héros de l'indépendance congolaise.
Homme d’affaires et ancien diplomate Étienne Davignon
Il lui est concrètement reproché d’avoir pris part à la décision fatidique : le transfert de Patrice Lumumba, alors prisonnier, vers le Katanga. Cette région sécessionniste, soutenue par les intérêts coloniaux belges, était alors un véritable «coupe-gorge» pour le premier Premier ministre du Congo souverain. Le parquet retient également à sa charge des traitements humiliants et dégradants infligés à la victime avant son exécution.

Une bataille juridique sur la prescription

Lors des plaidoiries de janvier dernier, la défense de l’homme d’affaires a tenté de faire barrage au procès. Son avocat a notamment plaidé le dépassement du «délai raisonnable» et a contesté la qualification de «crimes de guerre», qui rend pourtant l’action publique imprescriptible.
Pour les héritiers de Patrice Lumumba, ce renvoi est une victoire symbolique immense. «C'est le combat d'une vie pour la vérité», confie l’entourage de la famille. Leur conseil espère désormais voir le procès s'ouvrir à l'horizon de janvier 2027.

Un procès pour la mémoire

Si l'état de santé de l’accusé, aujourd'hui âgé de 93 ans, reste un point d'interrogation pour la tenue des débats, ce futur procès s'annonce déjà comme celui de la responsabilité de l'État belge dans l'élimination de Lumumba.
En 2002, la Belgique avait présenté ses excuses officielles, admettant une «responsabilité morale», mais la voie judiciaire franchit aujourd'hui une étape inédite, celle de la responsabilité pénale individuelle.
La Rédaction