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| Lieutenant Jules Ngongo, Porte-parole des FARDC en Ituri |
L’appel du Porte-parole des FARDC en Ituri, invitant les déplacés internes à retourner dans leurs villages d’origine, apparaît trop hâtif. L’argument avancé sur l’infiltration des sites de déplacés par des groupes armés, qui s’en serviraient comme boucliers humains, révèle la précipitation de cette demande.
Car si ces groupes armés, déjà responsables de l’exode des populations, peuvent pénétrer des sites jusqu'à dans la ville de Bunia, sans être arrêtés par l’armée et les services de renseignement, cela prouve que la menace reste entière. Il ne fait aucun doute que, dans ces conditions, renvoyer les déplacés dans leurs villages équivaudrait à les exposer à de nouveaux massacres.
La province de l’Ituri compte au moins 70 sites de déplacés. Si l’administration militaire affirme une amélioration de la situation sécuritaire, les faits sur le terrain dresserait un tableau bien différent.
L’Institut Ebuteli, dans son Rapport sécuritaire d’octobre 2025, établit que la milice CODECO par exemple, la principale cause des déplacements massifs en Ituri, conserve sa capacité de nuisance significative.
Dans plusieurs localités, notamment à Djugu, Irumu et Mahagi, les groupes armés imposent leur présence. Dans certaines zones, ils imposent des taxes et exercent une mainmise sur les sites miniers, renforçant le financement de leurs organisations criminelles.
Outre la persistance des atrocités armées, l’incendie des villages et la destruction des champs ont anéanti les moyens de subsistance des familles. En l’absence de reconstruction, de désarmement effectif des milices et de garanties de sécurité, le retour des déplacés ne peut être envisagé. Ceux-ci seraient exposés à de nouvelles violences et privés des ressources nécessaires à leur survie.
L’état de siège, instauré depuis plus de quatre ans, n’a toujours pas réussi à neutraliser les groupes armés, qui restent actifs. Des attaques ont frappé jusque dans les sites censés protéger les déplacés, faisant des victimes.
Ni les FARDC ni la MONUSCO n’ont pu empêcher ces drames, faute d’une réponse rapide. L’appel des FARDC via Jules Ngongo à un retour des déplacés dans leurs villages apparaît, dans ces conditions, prématuré et même potentiellement suicidaire.
En tout cas, la neutralisation des milices ou leur désarmement effectif, la sécurisation durable des zones affectées, la réhabilitation des villages ainsi que l’assistance humanitaire constitueraient des préalables indispensables avant tout retour des déplacés dans leurs villages d’origine.
NE.
