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ÉDITORIAL/Ituri : l'embarrassante garde-robe du milicien Hérode !

Le chef milicien FPIC, M. Hérode (dans une tenue qui appartiendrait aux FARDC)

La scène, capturée sur un cliché qui inonde les réseaux sociaux depuis ce lundi, est aussi révélatrice que révoltante. Monsieur Hérode, le chef de file de la milice FPIC, s’affiche dans une tenue militaire neuve, identifiée sans équivoque comme le nouveau modèle réglementaire des Forces armées de la RDC.

Il faut souligner que l’uniforme militaire est bien plus qu’un vêtement de travail. C’est le symbole de la souveraineté, le rempart entre le citoyen et la barbarie.
Voir cet habit sur les épaules d’un homme dont le groupe armé est régulièrement cité pour des exactions contre les populations civiles est un sacrilège. Sous état de siège, une mesure exceptionnelle censée donner les pleins pouvoirs à l'armée pour «écraser» les miliciens, ce spectacle serait au mieux une négligence coupable, au pire une trahison institutionnelle.
Au-delà de tout, c'est la question de la provenance de cet équipement qui embarrasse l'opinion. Cette tenue, dont la distribution est en théorie verrouillée par une chaîne logistique stricte, n'a pu arriver sur les épaules d'un chef milicien que par deux voies : la capture sur le champ de bataille ou, plus probablement, le détournement via des circuits de corruption internes.
Dans cette région où la guerre est depuis longtemps un business, l’uniforme serait devenu une marchandise comme une autre? Ce n'est d'ailleurs pas une première en province de l'Ituri, souvent confrontée à des officiers indélicats qui n'hésitent pas à monnayer «les effets militaires» pour arrondir des fins de mois ou financer des réseaux d'influence locaux.
L’information selon laquelle Hérode serait désormais «sommé» de restituer la tenue par les autorités militaires prête presque à sourire, si la situation n’était pas aussi tragique. Demander à un chef de milice de rendre un uniforme obtenu de manière «obscure», c’est admettre une forme d’impuissance. On ne demande pas à un hors-la-loi de rendre son déguisement; on l’interpelle pour usurpation de fonctions, détention illégale d’effets militaires et complicité avec des réseaux de détournement.

En tout cas, le danger de cette affaire dépasse l'anecdote. Dans les villages reculés de l'Ituri, où la peur est le quotidien, l'uniforme est le seul repère. Si le milicien ressemble trait pour trait au protecteur, vers qui le civil doit-il se tourner ?
L’épisode Hérode est le énième signal d'alarme d'un état de siège qui, à force de durer, semble s'être enlisé dans les compromissions locales. Le nettoyage des rangs et l'audit de la chaîne logistique ne sont plus des options mais des impératifs de survie pour l'institution militaire en Ituri.
Oui, il est impératif de purger la chaîne logistique de ses éléments véreux et de nettoyer les rangs des FARDC en province de l'Ituri. Il y a quelque chose de profondément indécent à voir un chef milicien parader en tenue neuve tandis que le soldat loyaliste, parfois sous-équipé, défend la patrie au prix de sa vie. Cette asymétrie insulte la dignité de ceux qui portent l'uniforme avec intégrité.
NE.